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PUBLICATIONS SPECIALES DE LÀ BOCIBTÉ POUR L'ËTUDE DES LANGUES BOMANBg QCATKIÈME PUBUCATION LES PATOIS ÛB LA BASSE AUVERGNE LEUR GRAMMAIRE ET LEUR LITTÉRATURE Par Henry DONIOL MONTPELLIER AU BUREAU DES PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ POUR l'ÉTUDB DBS LANOVXB ROMANES M DCCC Lxxvn LES PATOIS DE LA BASSE AUVERGNE LEUR GRAMMAIRE ET LEUR LIHÊRATURE INTÉRÊT DE CETTE ÉTUDE ET PRÉCÉDENTS QU'ELLE A EUS Il y a bientôt trente ans que je me suis occupé pour la pre- mière fois des patois de ma province. C*était en 1847, à propos de la description de la basse Auvergne dans les beaux in- folios édités par l'imprimeur P.-A. Desrosiers, de Moulins, avec un goût des choses d'art et un désintéressement qui mé- ritent d'être rappelés *. A cette date, déjà, la difficulté d'établir les règles, même de retrouver les mots d'un dialecte à peu près sans littérature écrite, sans littérature ancienne surtout, uniquement parlé et parlé tous les jours davantage par les seules classes illet- trées, était très-évidente. L'évidence n'a fait qu'augmenter. Mon travail, qui n'avait pas beaucoup de modèles quand il ' ItÀncimne Auvergne, 3 volumes in-folio, avec planchée. Elle avait été précédée de l'Ancien Bourbonnais et fut suivie de V Ancien Velay — 6 — parut, est resté depuis sans successeur*. En le reprenant pour le refaire, la peine que j'ai eue m'a donné la mesure de celle qui attend la génération suivante à en composer du même genre . Les patois disparaissent. Langue encore vivante dans le premier quart de ce siècle-ci , ils seront une langue morte à la fin, tellement morte que les moyens manqueront même pour interpréter les quelques traces qui en seront visibles. Le français les chasse devant lui. Il les remplace comme la culture chasse la lande et Tenfouit. L* absorption, rendue plus rapide par la communauté d'origine, gagnera bientôt jusqu'aux lieux où la tradition semble leur assurer encore une longue durée. Le temps ne sera plus jamais où tous les enfants apprenaient de naissance Je patois et où, n'habitât-on pas la campagne, on aimait à se servir de cette langue du jeune âge, dont les tours et les manières de dire venaient de soi dans l'esprit pour ren- dre plus aisément ou plus expressivement la pensée. Nous sommes au dernier moment où il sera possible de demander à la mémoire les termes et la grammaire de ces vieux parlers et d'en retrouver le génie. Je n'ai pas été le premier dans cette étude des patois d'Au- vergne. A la fin du XVIP siècle et dans les premières années du suivant, il y avait à Clermont-Ferrand un petit cercle de personnes qui s'amusaient à composer en patois. L'une, l'abbé Tailhandier, forma un recueil de leurs vers, y ajouta quel- ques chansons et pièces diverses qui avaient cours en ce temps-là, et mit en tête de son cahier des réfiexions sur les différents parlers du pays(pour lui des dialectes)^ avec quelques pages relatives à la prononciation des lettres de l'alphabet et des diverses associations de lettres'. J'ai emprunté et j'em- prunte encore ici plus d'une indication à ce recueil manuscrit, qui fut l'ouvrage d'un esprit judicieux, sinon d'un littérateur ^ M. Francisque Mège, membre de rAcadémie de Glermont, a pourtant publié en 1861, sous le titre de Souvenirs de la langue d^ÀuvergnCy essai su r lesidiotismes du département du Puy-de-Dôme, un très-bon petit volume, et je connais des travaux manuscrits fort intéressants de M. Malval, sur les rapports de l'auvergaat avec le piémontais, le niçois et le bas-limousin. * Presque tout le recueil de vers formé par Tabbô Tailhandier a été successivement imprimé. — 7 — de grand goût. Depuis, il s'est bien trouvé d'autres amateurs versifiant en patois d'Auvergne ou dissertant sur les patois ; mais celles de leurs remarques que Ton connaît n'ont pas tou- jours été dictées par des notions bien justes. La bibliothèque de Glermont-Ferrand possède deux manuscrits de M. F. de Murât, qui était très-versé dans le parler do la haute Auver- gne: l'un contient un petit vocabulaire du langage de Mauriac, précédé de considérations sur les origines ; dans l'autre, il a comparé nombre de mots patois avec ceux du basque et du celto-breton. L'idée de l'origine celtique ou gauloise a in- spiré ces essais, et c'est une partie de leur mérite ; un peu de fantaisie et de complaisance dans les rapprochements af- faiblit parfois leur valeur. SUR L'ORIGINE DES PATOIS On s'est complu à chercher les orgines des parlers méridio- naux, comme celles du français, dans la langue latine. Sans prétendre poser ici une doctrine, on peut trouver regrettable que cette idée philologique ait été aussi suivie. Sa simplicité a trop séduit et trop dispensé de recherches sur Tancienne Gaule et sur la langue qu'on y parlait. Si Ton avait envisagé simplement nos patois et leurs parlers multiples comme les restes de la langue gauloise, on serait aujourd'hui plus avancé sans doute dans les notions que l'on possède sur l'existence et les vicissitudes du pays où elle était en usage. Il me semble qu'aucune donnée n'a pour elle la pro- babilité des faits,la logique des choses, comme celle de la per- sistance de la langue et de l'esprit celtiques sous les cadres que Rome posa sur la Gaule. Notre éducation classique est pour- tant parvenue à grossir à nos yeux l'influence romaine jusqu'à ériger en une sorte de doctrine légale, d'inattaquable ortho- doxie, que le gouvernement des empereurs a eu le don, l'art, ou la force de faire adopter absolument sa langue, c'est-à-dire ce qui est le plus repoussé par le génie des peuples et ce qui s'apprend le moins vite, dans un pays qui avait l'ancienneté, une individualité très-forte, une civilisation originale, et cela en un peu moins de quatre siècles, dont près de deux virent le pouvoir des Romains si troublé et si mélangé. Remarquons que cette conquête de l'Empire se bornerait aux seuls mots de la langue, à son vocabulaire, et encore pas à tous les mots ; car combien ont été latinisés grossièrement ? tous ceux de géographie, la plupart des noms de terroir, ceux des choses usuelles. Dans ce qui est essentiel et vivant en toute langue, en effet, dans sa grammaire et sa syntaxe, la - 9 — langue gauloise paraît être restée intacte ; la langue latine ne Ta ni remplacée, ni modifiée. Ni la grammaire, ni la syn- taxe des peuples de la Gaule, n'ont été touchées par la gram- maire et la syntaxe des Romains. Les patois méridionaux et le français ont-ils la déclinai- son latine du substantif, marquée parles désinences? Ont- ils la conjugaison latine du verbe, marquée de même par la désinence des flexions? Ont-ils la syntaxe latine, qui inter- vertit les mots, suivant la fantaisie de Toreille, sans souci de leur relation logique ? Ont-ils la forme passive du latin? Ont-ils ce verbe, actif par le fait et passif par le mode, que les rudi- ments nomment le verbe déponent? C'est absolument Topposé. La déclinaison par Tarticle et les prépositions, la conjugaison par les auxiliaires être et avoir, la construction directe et lo- gique de la phrase, du sujet au verbe et du verbe au régimeà Texclusion des inversions, voilà les caractères des grammaires patoise et française ; caractères on peut dire typiques et qui sont intransgressibles. D'où seraient-ils venus dans ces lan- gues, si elles n'étaient que les restes déformés ou corrompus du latin, qui ne les connut jamais? Mais les écrivains à qui l'on doit rinvention,la propagation et la durée de la théorie de l'origine latine n'ont regardé qu'aux mots. Les mots du gaulois ressemblant à ceux du la- tin, ils ont trouvé simple dépenser que Rome apporta dans les Gaules toute sa langue, que cette langue remplaça entiè- rement celle qu'on y parlait, et que, dégénérant ensuite, se modifiant ou s' altérant par l'usage, elle enfanta successive- ment la langue qu'ils appelèrent romane, les patois et le français. Peut-être n'aura-t-on jamais de preuves positives du con- traire, tant il est vrai que des données artificielles peuvent être plus facilement étayées, parfois, que la réalité. Il est bien permis de remarquer, cependant, que de parvenir à rem- placer ainsi une langue par une autre n'est jamais arrivé à aucun pj^uple conquérant, même d'une façon approximative- Bien plus, cela n'aurait eu lieu qu'en Gaule, entre les pays sur lesquels la domination romaine s'est étendue; car tous ont conservé leur langue, voire les habitants du Latium hors de Rome. Le gouvernement delà monarchie française, singuliè- ^. 10 — rement effectif entre tous, qui était dans son propre pays et né de ce pays, qui a eu pour lui TÉglise, ses monastères, ses légions de religieux disséminés partout et mêlés à tous les détails de Texistence du peuple, n'a pas pu parvenir, dans un délai double, à apprendre le français à la grande moitié de ses nationaux ; malgré les écoles, malgré les rapports jour- naliers, ils ont conservé leur langue originelle, leurs anciens dialectes^ au point de les faire parler parles lettrés eux-mêmes. Néanmoins, on n'a pas fait doute que les Romains, eux, aient facilement réussi, comme on dit encore tous les jours qu'eux seuls nous ontfait une littérature, des centres d'étude, un art, tout ce qui constitue le développement intellectuel et moral d'une nation. Il y a une dizaine d'années, j'eus l'occasion d'entendre con- tredire cette théorie si universellement reçue, après l'avoir suivie comme à peu près tout le monde. C'était par quelqu'un qui l'a récemment attaquée de fond en comble, dans un livre qu'il a cherché à remplir de preuves*. J'y trouvai, je mêle rap- pelle, une satisfaction vive. Dès le début de la Société des lan- gues romanes, M. Boucherie n'a pas redouté de montrer ses préférences pour une idée dont la justesse paraît si naturelle*. Si l'on parvient à démontrer cette idée de l'origine gauloise, à lui refaire ses preuves scientifiques, on ne pourra pas assez s'étonner, un jour, qu'il y en ait eu une autre. On se deman- dera comment il ne fut pas reconnu à l'envi, dès la Renais- sance, et admis depuis comme une tradition patriotique, qu'il a existé bien avant l'empire romain, pendant cet empire et après, un ensemble de population, dont le siège principal était dans les Gaules, qui était doué d'inclinations et d'aptitudes pareilles, qui a eu les mêmes manières de comprendre la vie et de la mener, qui a senti et exprimé de même, faisant usage d'une langue très-cultivée, très-complète et com- mune à toutes ses parties, sous des différences multiples de dialectes ou de parlers, comme elle fit usage des mêmes manières de s'établir, de se grouper, de bâtir ses demeures ' Histoire des origines de la langue française^ par M. Granier de Cassagnac, 1 vol. in-8», Paris, Firmin Didot, 1872. > Séance du 17 avril 1869. — Il- ot ses édifices publics, de faire ses ustensiles, d^emplojer ses matériauz. Que Ton regarde un village de TAuvergne et un village du Languedoc ou de la Gascogne, de la Provence ou de Tltalie : là et là c'est le même aspect; il semble que Ton soit au même pays *. Et c'est le même langage, avec la même grammaire, la même syntaxe, avec les mêmes termes, le même génie d'ex- pression. Les divergences ne se marquent que par des détails, comme on les trouve dans la physionomie ou l'allure chez des hommes de même sang; elles font mieux ressortir encore le type de la famille. J'écris ceci à la porte de Nice, de la Ligurie, du Piémont, au milieu d'ouvriers et de serviteurs de provenances diverses : hormis la prosodie de la prononcia- tion, sa musique, si l'on peut dire, je n'entends pas un mot qui ne soit celui de mon patois de la basse Auvergne ; et non les mots seulement, mais les idées, la forme qu'elles prennent, la manière ou l'occasion de les avoir et de les rendre. Et cette similitude se constate à des distances non moindres dans d'autres directions. Je me suis trouvé dans ce pays lorrain qui nous a été arraché ; les terminaisons ville et court des noms de lieux s'y côtoient, indiquant encore par leur tracé les anciens point de rencontre extrêmes des familles gauloise et franque, et l'on est frappé de si bien reconnaître dans le langage tout le fond de nos patois méridionaux sous un accent en partie germanisé par les contacts. L'histoire tient pour établi que, cinq siècles et demi avant notre ère, lorsque Rome n'en comptait encore qu'un et demi, il y eut deux grandes invasions gauloises : l'une au versant nord des Alpes, sur le Danube, l'autre à leur versant sud, le long du Pô. On représente ces émigrations comme des flots puissants, et l'on a expliqué en partie par elles l'identité de la langue sur leur parcours. La précision des historiens la- tins ne permet pas de révoquer en doute le fait en lui-même ^ Mêmes toitures plates à tuiles rondes, mômes escaliers extérieurs en terrasses, en estres couvertes, et mômes façades invariablement tournées au Midi ; môme mode d'agglomération en masse serrée, mômes outils, mômes formes des vases et des objets usuels ; même apparence en tout et aussi mômes sentiments, mômes préjugés, môme idée et môme expression des choses. -, 12 — de ces expéditions, dont les conducteurs sont appelés Sigo- vèse et Bellovèse; mais je ne crois pas qu'il faille en tirer tant de conséquences. Sans rechercher si les entreprises at- tribuées à ces chefs, de noms très-certainement altérés, ne cachent pas une légende, un ensemble d'événements mal connus, des faits complexes et multipliés qui ont embrassé des années, il faut bien limiter suivant la nature des choses les suites que ces'expéditions purent avoir. D'autres invasions, plus considérables, se sont opérées dans le monde sans parvenir à changer ni les peuples ni leur langue ; si celles-ci avaient pu le faire, c'est qu'aucune po- pulation, ou à peu près, ne préexistait dans les contrées où elles se produisirent en l'an 154 de Rome, c'est que ces inva- sions j importèrent les habitants. L'usage de la même langue irait dès lors de soi. Mais s'il en fut ainsi, il y a nécessité de supposer une longue persistance de ces invasions, leur ali- mentation régulière, continuée, capable de noyer sous elle ou de détruire les indigènes, s'il s'en trouvait, et, en se renouve- lant longtemps, de créer la vie sociale complète, développée, puissante, que suppose leur langue ; car cette langue gauloise qu'on j entend y est toute entière avec tous ses raffinements, toute sa culture. A défaut de cela, c'est à tort que l'on contes- terait aux Romains d'avoir implanté dans la Gaule, par leurs armées et leurs administrations civiles seules, tout le voca- bulaire latin à la place de celui qui y existait. Ils auraient pu le faire aussi bien que les Gaulois de Sigovèse et de Bello- vèse l'auraient fait pour leur langue là où ils sont allés. D'autre part, une telle importance supposée à l'invasion, une telle puissance de s'entretenir, impliqueraient la présence dans la Gaule, à sa date, d'une population nombreuse et dense, en état ou en nécessité de déverser hors de chez elle ses trop-pleins. Or ce sont là des conditions que procurent seu- les les époques avancées, les civilisations riches, et l'on n'a pas de raisons plausibles de croire à une situation pareille des Gaulois. A l'heure actuelle, suffirions-nous à une telle action ? Nous avons asservi à la production, après les terres maigres et faciles, presque toutes les terres coûteuses et d'autant plus fertiles de notre sol, celles qui exigent la vie, les capitaux, l'industrie de générations successives ; la France — 13 — nourrit donc et tient dans la force autrement d'habitants qu'à Tépoquede Sigovèse et de Bellovèse; cependant elle n'en aurait pas assez pour accomplir ce que Ton prête aux compagnons du second de ces chefs seulement, à moins que Ton ne veuille dire que très-peu de monde était nécessaire, alors, pour opé- rer ces choses-là. Bellovèse et Sigovèse (s'ils ne sont pas tout uniment la personniûcation confuse, un peu mythologique, des gestes de nos ancêtres gaulois ou d'une longue suite de rapports en- tretenus avec leurs branches diverses), allèrent plutôt avec leurs bandes chez des populations de même race et de même langue qu'eux? Que ces envahisseurs se soient fait admettre ou qu'ils aient forcé l'entrée, ils trouvèrent certainement des auxiliaires déjà développés. U y avait là des peuples portés aux mêmes aspirations qu'eux,par les mêmes aptitudes sociales et le même langage ; sans quoi ils auraient été bien vite usés par les résistances de la force des choses et par celles de la nature, sans parler de celles des hommes; et ce n'est pas sous leur influence, comme l'histoire le répète, que se seraient accomplies les entreprises par lesquelles l'action de la famille gauloise des Alpes, pour se borner à celle-là, fut portée si loin dans l'Orient. Pour revenir aux patois, il faut souhaiter de voir établir que, loin de descendre du latin, ils datent de la naissance des peuples que les Latins ont appelés Gaulois, et que dans leurs diversités ils constituaient la langue de ces peuples. Le rôle tenu dans l'histoire par les Latins de Rome a tellement fait perdre ou effacé les traces de ce qui existait avant eux, que nous avons pris pour leur œuvre propre toute la vie de l'Occi- dent. On aimerait à penser qu'ils n'ont été que des fils, un temps les plus robustes et les plus avancés, d'une grande fa- mille bien antérieure à eux, et qu'une illusion d'optique seule nous les montre comme ses pères. Ils ont eu d'une manière supérieure les inclinations et les aptitudes de cette famille, en qui le génie de la civilisation occidentale avait été déposé ; ils les ont fécondées par leur innéité propre. Telle fut la vitalité de ce qu'ils firent, que le moule s'en est imposé et qu'une par- tie de ce moule reste encore le creuset dans lequel s'élabore l'avenir. Mais, comme ces inclinations et ces aptitudes, la lan- gue de la famille a dû préexister, être le fond de la leur, au — 14 — rebours de ce que Ton entend dire. A cette vieille langue com- mune ils donnèrent une culture particulière, développée et à des égards différente, ayant eu des modèles auparavant in- connus; mais ils n'ont dû ni la créer ni la répandre, comme on le croit. Elle a duré à côté ou au-dessous de la leur, gar- dant son génie grammatical et ses formes, sa culture et ses lettres à elle, parlée dans ses types originaux par des popula- tions autrement nombreuses que la population latine. Elle a survécu au latin, bien plus, comme ont survécu aux Romains Tesprit, les goûts, Tinnéité sociale qui distinguaient le peuple gaulois, et elle est devenue la langue maîtresse de l'Occident avec ces aînés, qui furent le peuple français, dans la nouvelle phase de leur vivace existence, et qui, ravivant, fécondant Tesprit de la race, bien plus puissamment que les cadets ne ravalent pu, ont fait au monde sa vie moderne. Nous autres de France, d'Espagne, d'Italie et de quelques pays encore, on affectait beaucoup, en ces dernières années, de nous appeler les peuples latins. A la vérité, on voulait nous assigner par là le caractère et le rôle de peuples antipathiques à la liberté morale, aux tendances et aux institutions qu'elle implique ; on nous vouait d'origine aux inclinations, aux for- mes, à la vie sociale, aux procédés continués ou imités de l'ancien Empire romain. Ce n'est là qu'une qualification de cir- constance, contraire au vrai des choses. Peuples gaulois, peu- ples celtiques, non des peuples latins ! Nous sommes tels par le sens intime et les aspirations, comme par l'origine. L'in- fiuence latine nous a bien recouverts de son manteau ; mais notre existence, quand elle a été libre, s'est passée à en se- couer le poids; nos efforts, chaque fois qu'ils se produisent, ' sont, pour retrouver, en déchirant ce manteau, nos énergies natives et les rendre à leur cours. DES DIFFÉRENCES DANS LES PATOIS Y A-T-IL EU UN TYPET L'Auvergne apporte son contingent à la multiplicité des patois, sans parler de deux grandes divisions, qu'il faut d'abord 7 faire, entre les patois de la haute Auvergne {Cantal) et ceux de la basse Auvergne {Puy-de-Dôme et la partie de la Haute-Loire quina pas été le Velay). Les premiers sont empreints fortement des caractères du patois du Languedoc, et ils appartiennent à leur famille ; je ne m'en occuperai pas ici. Les patois de la basse Auvergne ont les caractères des parlers de l'est et du sud-est de la France, surtout de ceux du sud-est. Ce n'est pas en deux, en trois, en quatre groupes, que les patois de la basse Auvergne devraient être classés, mais pres- que en autant de groupes qu'il j a de villages, si la prononcia- tion des mots ou leur accentuation et certains tours, certaines manières de s'exprimer, suffisaient à former, dans les langues, des différences méritant d'avoir une place à part. Ces détails du langage sont dissemblables d'un lieu à l'autre, parfois entre les lieux les plus voisins, comme les costumes l'étaient il y a encore peu de temps. La ville de Clermont, par exemple, en présentait trois qui restent reconnaissables ; près deBrioude, ils ne sont pas les mêmes d*un côté de la route à l'autre ; la commune de Sainte-Eulalie, dans la haute Auvergne, voit les habitants de deux de ses villages, Fontenilles et le Yial- lard, en avoir de parfaitement distincts. C'est un fait qui n'est pas nouveau dans les langues. Mais des divergences pareilles ne suffisent pas pour qu'on les élèv^e au rang d'idiomes, moins encore de dialectes. Elles sont curieuses en soi ; la recherche de leurs causes originelles, ou celle des oirconstances particulières qu'elles attestent dans les antécé- - 16 - dents, les goûts ou les vicissitudes des populations, ou bien dans leur génie propre, n*est certainement pas sans intérêt. Il 7 en aurait aussi à se demander pourquoi, à travers ces dissemblances, on retrouve souvent à de très-grandes distan- ces des similitudes frappantes; pourquoi, par exemple, le pa- tois du bas Limousin, en général, et celui des environs de Brioude, malgré l'intercalation du patois du Cantal tout au milieu, se rappellent Tun l'autre et ensemble rappellent ceux d'Embrun et de cette partie des Alpes, jusque dans la basse Provence, par-dessus les patois du Velay et de TAvignonnais, qui offrent un type très-différent et très-accusé. Mais, quand il s'agit de reconnaître des idiomes distincts dans une langue qui a Tunité de grammaire et de syntaxe, il convient de ne s'arrêter qu'à des signes constants, c'est-à-dire à ce qui mo- difie d'une façon positive les conditions essentielles. Je ne craindrais pas de dire qu'en Auvergne, comme dans bien d'autres provinces de notre cher pays de Gaule, il n'y a qu'un dialecte, sous des accentuations, une prosodie, des tours assez marqués, quelquefois, pour changer en apparence le lan- gage. Il y existe en effet une identité presque complète des ra- dicaux, de la grammaire, de l'ordre des mots dans l'expression de l'idée. Quand on rapproche les extrêmes, tels que despar- 1ers aussi peu semblables, au premier abord, que ceux des montagnes du Cantal et ceux de Clermont ou de Riom, on peut croire à des différences absolues ; ces différences s'effa- cent si l'on suit les intermédiaires. Le cantalien, si original dans l'accent et dans l'expression qu'on le prendrait pour un type, passe insensiblement, parles patois du Ces- Allier et des montagnes descendant vers Issoire, d'un côté, par ceux du Mont-Dore et des montagnes du Puy-de-Dôme, de l'autre, aux patois de la basse Limagne qui paraissent lui être le plus étrangers. Mais y a-t-il jamais eu un type? Ce n'est pas probable. Les dissemblances d'à présent sont plutôt celles qui ont existé de tout temps. Quand on voit avec quelle ténacité elles se maintiennent encore aujourd'hui et s'excluent respective- ment malgré les rapports quotidiens; comment, juxtaposées souvent dans les familles, chaque membre garde celles de son lieu d'origine, celles qu'il a apprises enfant, il y a des raisons '- 17 — de penser qu'elles figurent pour nous, avec les différences de Tancien langage, les facultés ou les goûts d'expression et de prosodie qui distinguaient autrefois les populations de même dialecte. Il ne faut donc guère s'enquérir si le parler de telle ou telle localité offre plus de pureté que les autres; le vrai dialecte est dans tous sans résider particulièrement dans aucun. Seulement, il importe de ne chercher les règles qu'hors des lieux où l'altération a eu d'inévitables moyens de se pro- duire et d'être active, comme autour des grandes villes et dans leur sein. Les patois n'offrent leur accentuation originaire, leur vocabulaire et leur tour d'autrefois, qu'à une suffisante dis- tance des points où l'usage de la langue cultivée, en s'impo- sant de plus en plus, les a forcément abâtardis par les imita- tions, et aussi à distance des occupations et des idées qui sont le produit de la vie moderne. LES PARLER8 DE LA BASSE AUVERGNE A mon sens, il ne convient pas de diviser en plus de trois* parlers distincts les patois de la basse Auvergne. Les carac- tères qui autorisent à reconnaître quelque chose comme des variations de grammaire, dans ces parlers, se bornent en effet à trois groupes; et je me sers de ce terme de (( parler» comme indiquant mieux qu'un autre le peu de distance qu'il y a de chaque groupe au voisin, dès lors de chacun au langage géné- ral. J'appelle des variations de grammaire l'usage habituel de certaines interversions de genre, de certaines formes d'ex- pression et de certaines terminaisons,usage n'ayant pas cessé de durer, de se reproduire et de rejeter absolument tout mé- lange ou toute confusion avec les usages différents. Le mot est plus fort que ce que j'ai en vue, mais je m'en sers pour mieux m'expliquer. Les autres divergences ne peuvent être consi- dérées que comme des accidents, des détails dont la multiplicité est très-grande, mais qui ne présentent pas des éléments de classiâcation. Ces trois parlers se distribuent un peu d'après la conâgu- ration du pays. Le territoire de la basse Auvergne est formé par deux vallées principales, celles de l'Allier et de la Dore. La vallée de l'Allier offre deux parlers très-tranchés : — l'un est propre à la partie comprise entre Issoire et le Velay, en re- montant la rivière; on peut l'appeler le parler du haut Allier ou le brivadois, du nom de l'arrondissement de Brioude, qu'il occupe tout entier ; — l'autre est en usage au nord d'Issoire, en descendant l'Allier jusqu'à la rencontre du Bourbonnais, et l'on peut l'appeler le parler du bas Allier ou limanien, quoi- que appartenant aussi aux montagnes élevées qui bordent la Limagne du côté de l'ouest; il se distingue, en efiet, du précé- dent à peu près au lieu où la Limagne commence, et il y règne — 19 — partout. La vallée de la Dore, au contraire, d'Ambert à Yichj, est occupée par un seul parler, ce qui donne toute raison de rappeler le dorien. Lb Brivadois. ^ Le parler du haut Allier est caractérisé, avant tout, par Tabsence habituelle du pronom entre le sub- stantif et le verbe, souvent même dans les personnes du verbe, tandis que dans le bas Allier on remploie toujours. Le briva- dois dit : aun tel vint » , et le limanien : (( un tel il vint. » Le bri- vadois se reconnaît, en outre, à sa prononciation retenue, un peu sèche, où dominent Ta fermé. Tu, la diphthongue dedans les terminaisons, le ts et le dz, Tabsence à peu près complète de Taccent circonflexe, F usage duz comme lettre euphonique. Lb Limanien. — A Thabitude du pronom entre ]e substantif et le verbe et dans les diverses personnes des temps du verbe, il ajoute, comme cachet distinctif, Vo et Va toujours ouverts et longs, très-circonflexes ; Tusage des sons ou et au^^ de tch et dj; la recherche des consonnes mouillées et des hiatus. Lb Dorien. — Le parler de la vallée de la Dore n'a pas de variations grammaticales notables, mais il se différencie pro- fondément par Taccentuation. Si To du limanien s'y retrouve généralement. Ta, et surtout Ya long, circonflexe, en sont absents. Les pluriels féminins et les infinitifs, sont en ai ou aè fort ouverts et traînants. On devrait écrire ainsi, par exemple, dans ces trois parlers, les mots suivants: BRIVADOIS : limanien: DORJKN : Les heures. Uras, Ourâs, Ourai on ouraè, Aller, Na, anâ, Anâ, Anai ou anaè. Le dorien remplace aussi Ve ou le et des deux autres par- lers par t, surtout au commencement des mots ; contraire* ment à ceux de ces parlers qui changent le g devant e et t, ; et ch devant toutes les voyelles, en ts, dz, tch ourf/, il les ar- ticule à la française. Le tsch, très-habituel dans ceux-là, lui est ^ La notation au correspond pour le son à la notation française aou^ et non à la dïphthongu» au prononcée ô. — 20 — inconnu, et il le prononce qie ougie. Enfin il possède seul une interjection, ouplutôtune sorte de particule explétive, qui est: def employé comme le vieux dea ou da français, comme le dam de Paris, comme le oui ou le puis dea langages méridionaux. Ces distinctions faites, il y a lieu de constater encore que ces divers parlers se pénètrent les uns les autres, et que de proche en proche l'unité se fait entre eux. Modifié par des sons plus pleins dans les voyelles, plus vigoureux en général et par une prononciation plus rapide, le hrivadois s'étend d*une part dans le Velay, de l'autre dans une partie du Cantal, au Mont-Dore, et va de là former les parlers des environs de Tulle et du bas Limousin, tandis qu'à l'est, en exagérant la sécheresse propre de ses sons, il passe peu à peu au dorien par la chaîne des Bitous, qui sépare les vallées de l'Allier et delà Dore. Le li- manien vient se confondre avec le hrivadois dans les monta- gnes de Touest, aux environs de Rochefort et du Pont-des- Eaux. Le dorien, qui a son centre dans le pays de Thiers, Cunlhat, Courpierre, Lezoux, passe, au moyen de changements locaux, aux patois des départements de la Loire et de l'Allier; il varejoindre ainsi lespatoisde l'ancienne langue d'oil, comme le hrivadois et le limanien les rejoignent ensemble par la Marche, et comme, par le sud, par le Cantal et le Velay, ils se marient à ceux de Languedoc et de Provence. Ce qui a été dit plus haut de la question de savoir lequel de ces parlers serait le plus pur, le plus près de l'ancien langage arverne, reçoit ainsi la confirmation des faits ; aucun ne l'est plus qu'un autre. Mais le limanien me paraît l'être moins que le hrivadois. Le cercle dont j'ai parlé, qui faisait de la littéra- ture patoise aux derniers siècles, se servait du parler limA- nien et le considérait comme le type. C'était une exagération peu justifiable|de toute manière ; car, indépendamment de cette fusion bien visible des divers parlers entre eux, celui-là a un défaut remarquable d'harmonie, malgré ses sons plus ouverts et plus longs. Lourd, traînant, prononcé trop souvent à pleine bouche, il ressemble à une altération du français par imitation maladroite et antimusicale. Si l'accentuation, qui est la prosodie de chaque langue, con- stitue un signe de race, la race appartient au patois de la haute Auvergne; dans ce cas, le hrivadois est le moins éloigné du parler d'autrefois, car il suffît d'ajouter peu de chose à sa — 21 — prononciation pour le rendre identique au patois cantalien. L'emploi du k au lieu du c^ des terminaisons tV ou eil à la place de celles en e fermé, la terminaison alk plus de mots, Tarti- culation des syllabes ai et ei, au milieu des mots en aï, et avec trémas bien marqués, Tyfontpasser tout à fait. Un autre carac- tère permet encore de tenir le brivadois pour mieux conservé que le limanien : c'est le fréquent usage des diminutifs et des augmentatifs, qui est presque nul dans ce dernier et très-ha- bituel au contraire dans le cantalien, comme dans la plupart des patois rapprochés de T ancienne langue du Midi. U y a certainement un cachet de physionomie et de couleur originel- les dans ces procédés du langage. Ils ne se produisent que lorsque la langue a acquis de la culture, a pu être pliée à des besoins d'expression multipliés et rafûnés. On dresserait une longue suite de ces modiâcations des mots dans le brivadois. Les augmentatifs s'y forment par l'addition des terminaisons ar ou a$se : tsapei, chapeau ; Isapelar, grand chapeau ; tchi, chien ; (chinasse, grand chien. Les diminutifs se marquent au moyen des terminaisons u, ou, una, ta, ton : fenna, femme ; fennou, fennuna, fenneta, petite femme; e/hn^, enfant ; /an^ow, petit en- fant; mo, main; menota, petite main; panet, panier; panev^ ou paneirou, petit panier; gordze, gorge ; gordzeta, gordzuna, etc. Chose à noter, les diminutifs en ou sont masculins, quoique le mot primitif soit féminin. C'est au brivadois que j'emprunterai mes exemples et les principes grammaticaux, le tenant pour le plus rapproché du type primitif 'entre les parlers delà basse Auvergne. A l'époque où V Académie celtique mit en vogue l'étude des patois de la France, elle pensa que la traduction d'un même texte dans toutes les provinces donnerait d'excellents résul- tats comparatifs. Ce procédé a, entre autres inconvénients, celui de fausser le sentiment de l'expression propre à chaque patois, en prescrivant un peu au traducteur de rendre des mots, des tours, même des idées qui manquent ou sont autres dans le patois qu'on lui demande. Cependant, voici comment chacun de nos parlers de la basse Auvergne écrirait les ver- sets de la parabole de « FEnfant prodigue », que V Académie celtique donna comme terme de comparaison et dont son vo- lume contient une traduction en limanien et en patois du Ve- lay, mais non en dorien et en brivadois, 2 — 22 - On se rappelle le français : tt .... 11 lui fit cette réponse : «Voilà déjà tant d'années que je vous sers, et je ne vous ai jamais désobéi en rien de ce que vous m'avez commandé, et cependant vous ne m'avez jamais donné un chevreau pour me réjouir avec mes amis ; mais aussitôt que votre autre fils, qui a mangé son bien — est revenu, vous avez tué pour lui le veau gras. » Alors le père lui dit : « Mon fils, vous êtes tou- jours avec moi, et tout ce que j'ai est à vous ; mais il fallait faire le festin et nous réjouir, parce que votre frère était mort et il est ressuscité ; il était perdu et il a été retrouvé. .. » Les différences vont porter, dans chaque parler, sur la ma- nière de rendre Tidée, en même temps que sur les divers autres détails de grammaire et de façon d'écrire qui ont été indi- qués. Brivadois, — u Diguet bei soun paire : Danspei tan d'annadas que vous serve et vous ai dzamai manqua, paraquo m'avès dzamai duna (ou beila) un tsabri par m'éjava bei maus amis ; ma ta liei que vost' autre garçu, que z'o mandza soun be. • • . z'ei riba, avès (ou z'avès) tiua par zei unvedei gras.» Alors le païre 11 diguet : a Scautas, moun garçu ! se ou ses tud- zur bei ye, et tu cho que z'ai (ou tut aquo quez'at)z'ei vostre ; ma tsauio be faire festa et l'esse countent quand vost' freire z'èra mort et z'o tourna viaure (ou o tourna); s'èra marri et Tant tourna trouba. . .)> La traduction donne textuellement ceci : « 11 dit avec son père : a Depuis tant d'années que vous sers et vous ai jamais manqué, pour cela m'avez jamais donné un chevreau pour m'amuser avec mes amis ; mais sitôt que votre autre garçon, lequel a mangé son bien est arrivé, avez tué pour lui un veau gras. » Alors le père lui dit : « Écoutez, mon garçon I êtes toujours avec moi et tout cela que ai est vôtre , mais fallait bien faire fête et être contents quand votre frère était mort et a retourné vivre; s'était perdu et l'ont reto.urné trouver. » Non-seulement la grammaire est altérée, mais l'idée ne peut pas se rendre comme dans le français. — 23 — Limanien^.'^ii lau respondé mei son payre : «Yz'o bian de tein que iau vous serve, tzamai iau ne vous ai daizobei, et pourtant tzamai vous ne m'avez douna souiamen ein tsabri par me deigala embei maus z*amis; et por votre garçon que z'o mantzo tou soubé.... vous avés tioua le vedé gras par le recèbre.» Son pajre li diguet : «Vous avés tourdzoueita embei iau, iau n'ei re que chatse votre*. Ma non fouille faire bouna tsar et nous eicarbilla', parce que votre frayra z'erot mono et iau z'ei rechucheto, iau z'erot pardiu et iau z'ei retourbo. » Le limanien, on le voit, reproduit à peu près textuellement le français, si ce n'est qu'il dit aussi : avec son père. Voici la traduction littérale : tt II répondit avec son père : «Y a beaucoup de temps que je vous sers, jamais je ne vous ai désobéi, et pourtant vous ne m^avez donné seulement un chevreau pour me régaler avec mes amis; et pour votre garçon qui a mangé tout son bien.. . . vous avez tué le veau gras pour le recevoir. «Son père lui dit: « Vous avez toujours été avec moi, je n'ai rien qui soit vôtre (la négation manque par erreur); mais nous fallait faire bonne chair et nous réjouir, parce que votre frère était mort et il est ressussité, il était perdu, et il est retrouvé. » Le traducteur de Y Académie celtique a écrit à tort maus z*amis: le z euphonique n'est pas à sa place, parce que 1'^ de maus sellait suffisamment avec amis. Il s'est mépris aussi en écrivant il et je ou moi par iau; je, moi, doivent s'écrire ou ieu ou ie, et il par iau, Dorien. — ....«Yfaguetquèlaripounso: «Veti tant de 'nadas que liou vous serve et ie ne vous ai jamoué manqua dien tout de ce que vous m'aves commanda, et cependant vous m'avez jamoué dona un boutchi par me redsozi bei mous amis ; ma auchetot que vou-t'-autre garçon qu'a mangea sonbe...i tomo,avez tua par se le vede gras.» Alors le pouère y diguet: « Mon garçon, vous se torjours embei me et tout ce que ie * «rai respecté Torthographe du recueil de VÀcadémie celtique, quoique inexacte. * Je crois qu'il faudrait : chatse pas votre. ... ' Ce mot est limanien, mais c*est un mot trivial, le rigoler de Paris, par exemple. — 24 - ^ teigne i par te; ma quo fagot fouére fête et nous redsozî, parce que votre frère i mort e i ressussita, erot perdu et i torna trapa. » La traduction textuelle est celle-ci, qui s'éloigne également bien peu du français : « A lui fit cette réponse (le pronom est supprimé) : « Voici tant d^années que je vous sers et je ne vous ai jamais manqué dans tout ce que vous m'avez commandé, et cependant vous m'avez jamais donné un chevreau pour me réjouir avec mes amis; mais aussitôt que votre autre garçon qui a mangé son bien est re- tourné, avez tué pour lui le veau gras. » Alors le père à lui dit: « Mon garçon, vous êtes toujours avec moi, et tout ce que je possède (je tiens) est pour vous (te, toi, ayant la signification de vous et de toi); mais cela fallait faire fête et nous réjouir parce que votre frère est mort et est ressussité, était perdu et est retourné attrapé. » On voit ici l'emploi det au passé comme au présent du verbe être. Le traducteur à qui je me suis adressé et celui de Y Aca- démie celtique ont fait le verbe redsozi^ mais il n'est pas dans l'usage général. PHONÉTIQUE A part les exceptions dont il vient d'être parlé, la grammaire et la syntaxe sont les mêmes dans toute l'Auvergne. Je vais en exposer les éléments, en prenant pour point de départ le français. Il faudrait agir peut-être à Tinverse si Ton voulait rester dans la vérité, du moins dans la vérité convenue ; maia le lecteur éclairé le fera de lui-même. 1 . — Des Voyelles L'auvergnat a toutes les voyelles de la langue française,, mais il les modifie par la prononciation. Voyelle A. — L'a joue à peu près le rôle de la voyelle e du français. Comme celle-ci, il est ou muet, ou fermé, ou ouvert. A muet est d'un emploi très-fréquent. Il termine au singu- lier la plupart des mots français en é fermé, — le singulier féminin de ceux qui en français ont e muet dans le même cas,, — la troisième personne de l'indicatif présent dans tous les verbes de la première conjugaison, — le participe passé de ces mêmes verbes quand il s'accorde avec des noms finissant en a muet. Il se place également dans beaucoup de mots qu'on ne saurait indiquer ici; il est la lettre, à vrai dire, caractéristique de ce dialecte, comme de ceux du sud-sud-est de la France, et leur désinence féminine constante . On le prononce avec un son qui n'est ni e, ni a, ni o, à proprement parler, mais qui, le plus généralement, tient un peu de celui de ces trois lettres, ou bien avec un son clair et bref assez semblable à celui que nous donnons aux finales at, en français. Je proposerais de récrire a, sans aucun accent. * 2 — 26 — A fermé est \a proprement dit, avec le son naturel que Ton donne à cette lettre en français. lia aussi beaucoup d'em- ploi, particulièrement dans tous les prétérits de la première conjugaison. Il serait bien de récrire a, avec Taccent aigu. A ouvert, qui se prononce la bouche bien ouverte, comme ceux qui, dans le français, prennent l'accent circonflexe, se rencontre dans le plus grand nombre des pluriels féminins, —aux secondes personnes pluriel de Tindicatif présent, de l'im- parfait, du futur simple et dans celles qui en sont dérivéeg, — enfln dans le corps de beaucoup de mots. Il faudrait récrire à, avec l'accent grave ; mais, étant quelquefois très-fortement ouvert, dans certains pluriels, par exemple, et dans le corps de certains mots, je le marquerais par a, avec l'accent cir- conflexe. L'a du dialecte limanien, surtout, me semblerait devoir exiger ce signe. Voyelle E. — Les trois sortes d'e propres au langage français existent aussi dans l'auvergnat. E est muet, par exemple, dans âme, j'aime; dans/e, te, freire(le^ te, frère); il est fermé dans égeguâ (arranger), vé (il va), navé (tu allais), etc. Il est ouvert dans causègre { poursuivre avec acharnement ), dans égeguère (j'arrangeai), et en général dans tous les pas- sés indéfinis, dans tous les présents subjonctifs des verbes, •dans beaucoup de pluriels masculins. Comme pour distinguer les modifications de l'a, je proposerais d'indiquer celles de Ye au moyen du défaut d'accent, de l'accent aigu et de l'accent : grave. Voyelle!, — La voyelle t se reproduit dans un grand nombre de mots. Elle doit toujours être prononcée en appuyant for- tement. Elle termine l'infinitif et le participe passé des verbes de la deuxième conjugaison et beaucoup de noms qui, en français, se finissent en in ou tm:la fi (la fin), le chamt ou tsami (le chemin). Voyelle 0. — Cette voyelle garde le son qui lui est propre dans le français; mais elle a dû avoir aussi le son de ou, et l'on simplifierait avec avantage l'orthographe du patois en le lui attribuant par un signe, dans certains cas. Toutefois, elle est souvent prononcée très-ouverte et brièvement; alors il fau- drait la marquer d'un accent grave. Elle prend aussi, comme — 27 — dans rôbâ (voler), le son de o long; on devrait la distinguer alors par raccent circonflexe. ItO peut être appelé la lettre propre du parler de la basse Limagne. Il j remplace dans une foule de mots Va, Yé et Ve des parlers voisins. Dans toute TAuvergne, o devant Vn perd le son naturel et devient ou : bou, bouna (bon, bonne), isarbou (charbon), etc.; mais cette règle s'applique seulement aux mots où on en français se change en ou dans le patois; car il j en a un grand nombre dans lesquels on devient u, comme rasu, prisu (raison, prison), etc . Voyelle U. — U conserve aussi la prononciation française . Associé à Tn, tantôt il fait un, tantôt oun, selon les parlers : tsasqiun ou tsasquioun ( chacun ). Cependant dans un, pronom, il fait an d'une manière générale. Voyelle Y. — Cette voyelle est peu usitée, mais elle existe. Peut-être faudrait-il l'employer à l'infinitif des verbes de la seconde conjugaison et à la fin des mots en i, pour mieux indiquer que sa prononciation doit être fortement marquée, comme s'il y avait un double i. Dans tous les cas, elle est indispensable pour le conditionnel présent des verbes de la seconde conjugaison, ainsi que pour celui des auxiliaires. 2. — Des Associations de voyelles Les associations de voyelles ai, et, sont d'un usage conti- nuel. Ai se rencontre dans la plupart des mots dont le radical contient la lettre a. Et remplace presque partout, hormis dans les verbes, les terminaisons françaises en er ou ter, et se retrouve dans la composition d'une foule de mots. Certainement c'est une diph- thongue caractéristique des dialectes du Centre et du Sud- Est, car elle existe avec le même usage dans le Piémont, la Provence, le bas Limousin, l'Auvergne. Dans les parlers de la haute Auvergne, elle est extrêmement usitée pour les ter- minaisons. Au s'emploie aussi très-souvent. Dans sa prononciation, il — 28 — réunit le son des trois lettres a, o, u [aou). Il termine un grand nombre de mots qui, dans le français, se finissent en al ou el, et Ton peut dire qu'il est la traduction de ces syllabes, en quelque endroit du mot qu'on les trouve. la, tu, reviennent fréquemment, le patois mouillant les con- sonnes, dans beaucoup de cas; ainsi ^ti^ giu {eu)^aclapa, acliapa, (accroupi); rendu, rendiu (rendu). Enfin les exemples mêmes qui seront cités dans ces élé- ments montrent bien des fois la diphthongue ou . 3. — Des Consonnes Il est diflacile de traiter des consonnes. Quoique la plupart se prononcent comme en français, il en est qui diffèrent. Comme la raison ou la règle de ces différences reste incon- nue, on ne sait si Ton doit voir dans ces changements de simples différences de prononciation, ou bien des consonnes particulières à la langue. L'embarras augmente quand on veut donner la clef de l'em- ploi de ces prononciations ou de ces lettres, ce qui a lieu pour un mot n'ayant point lieu pour un autre, malgré la situation identique qu'elles occupent. Consonnes associées: ch, dj, dz, tek, tz*. — Cette irrégularité d'emploi autoriserait peut-être à classer comme particulières au patois de l'Auvergne les associations de consonnes dj, dz; ch, tch, tZy que l'on trouve si souvent à la place de c, g, j, s français. Les exceptions que l'on rencontre ne suffiraient pas pourrendre vicieuse cette classification. Dans certains parlers, àLezouxet à Thiers, notamment, ces consonnes doubles sont remplacées par les lettres françaises qu'elles supplantent ail- leurs. On gagnerait en netteté, il me semble, à mettre à leur rang alphabétique ces associations de consonnes. La gram- maire française ne fait-elle pas de même pour c, k, q, lesquels, bien qu'ayant le même son dans beaucoup de cas, ne sont pas moins, dans son alphabet, trois lettres différentes? ^ Nous ne nous servons de ces associations de consonnes que pour figurer plus exactement les nuaoces de la prononciation. En fait, les poètes de TAuvergne les bnt rarement employées. — 29 - . Consonnes simples, — Il n'y a d^itilité à parler des con- sonnes qu'autant qu'elles diffèrent de celles du français. La première est c. C, devant l, se prononce souvent comme g. Ch remplace c et « dans les mots français où cette lettre précède t. D perd sa prononciation devant t, pour en prendre une qui varie entre celle du d et celle du g. Dj et dz prennent la place du ^ fort souvent et du;\ partout où ces lettres se rencontrent en français : mandza (manger), djuga (jouer). H aspiré est peu commun. On le trouve cependant dans hisarta (hasarder). G, devant l, ne se prononce que très-faiblement et mouille 17.* strangla (lia) (étrangler) . J est rarement employé avec le même son qu'en français ; il remplace le z placé, dans les mots français, entre deux voyelles dont la dernière est i. L, après les consonnes, est toujours mouillé. Le limanien prononce cette lettre en la faisant précéder du son faible du g. Ce serait une bonne orthographe que dlndiqùer cela, en fai- sant suivre / par h, ainsi que l'usage l'a consacré dans beau- coup de noms propres, comme Manlhot, Paulhaguet, Cunlhat flio, lia). N entre deux voyelles se mouille souvent. On aurait dû peut- être l'indiquer au moyen d'un tilde, comme dans vena (vigne). Les consonnes mouillées sont fréquentes dans le parler de la basse Auvergne. C'est un des plus saillants caractères de sa prononciation. A défaut du tilde, on devrait faire suivre par h les conspnnes qui doivent être mouillées. Il faut à l'Auver- gnat une fort longue absence du pays ou beaucoup d'attention pour ne pas transporter dans le français sa manière d'arti- culer les syllabes di, mi, ti, fi, gi, ni. Le plus souvent même, cette prononciation mouillée résiste à toutes les influences et fait reconnaître un Auvergnat dans tous les pays. S, ss, ainsi que le son produit par les lettres ti dans les mots où se trouvent les associations de lettres tien, tieux, en français, se prononcent presque absolument ck . T, au commencement des mots, devant t et u, prend un peu le son de q, et réciproquement q le son de t. Un Auvergnat a quelque peine à ne pas prononcer un peu tittance, en français, pour quittance. - 30 - Ts est d'un usage fréquent, soit en tant que lettre parti- culière au patois, comme dans /ïsati£fr^( falloir), soit comme remplaçant le ch français : tsasqioun (chacun). Il 7 a pourtant quelques exceptions à la prononciation de ts pour ch; ainsi dans les mots pecheire (pécheur), méchant (méchant), machara (barbouillé, maculé), où il s'articule tout à fait comme en fran- çais. Terminons ces diverses indications sur les lettres de Tal- phabet par quelques observations complémentaires : Souvent Yr qui est avant les voyelles a été placé après par le français, ou vice versa, et souvent aussi 17 final est devenu r. Notre patois dit raie pour rare; dans beaucoup de mots, au contraire, c'est IV du patois qui est devenu / en français. Une grande partie des e du français, dans le corps des mots^ a été changée en a, ce qui donne un peu la clef de la prononciation indécise que j'ai indiquée comme étant celle de Va auvergnat : tsar (char), cher; tsabre, chèvre ; tsartsà, cher- cher ; bountà, bonté, etc. 0, devant les nasales, a fait ou ; oumbra, ombre; dounque, donc. Dans la même place, a a fait t; din, dedin, dans. La prosodie des mots, toutefois, le nombre de leurs syllabes, et conséquemment leur effet d'articulation, ont été très-géné- ralement maintenus ; c'est le latin qui a le plus allongé. Voici, par exemple, «at^c/îà, sarcler; empeità, empêcher; despùà, disputer ; creschi, croître ; fourment, froment ; erdi, orge ; enfouni, entonnoir; stulià, éteuillé; fenna, femme, etc. Le latin, lui, a fait sarcultis, impedire, disputare, crescere, fru- mentum, hordeum, infundibulum, stipula, femina, etc. 4. — De rOrthographe Le patois d'Auvergne n'a pas eu assez de littérature écrite pour voir consacrer positivement son orthographe. Dès lors, il semble que l'on soit parfaitement maître de fixer cette ortho- graphe selon sa fantaisie. C'est, en général, ce qu'ont fait les personnes qui, soit dans le siècle dernier, soit récemment, se sont amusées à écrire en cette langue. Dans leurs vers, presque tous traduits ou inspirés des littératures cultivées, elles ont tantôt pris pour règle un principe, tantôt un autre. Le plus souvent, elles se sont arrêtées à une imitation'de la prononcia- — 31 — tion, comme à ce qui était le plus naturel pour récrivain et le plus commode pour ceux qui lisent. On ne pourrait cependant donner d'orthographe arbitraire qu'à une langue entièrement neuve et isolée, sans radicaux comme sans dérivés. La plus convenable pour un idiome pa- reil serait, à coup sûr, celle qui se réglerait sur la pronon- ciation, bien que la prononciation complique beaucoup le lan- gage écrit, le change souvent et, au lieu de rendre faciles la lecture et Tintelligence des mots, les embarrasse au contraire. Encore serait-il désirable de trouver un terme moyen entre les longueurs du mot parlé et la simplicité nécessaire au mot écrit. Mais, quand il s'agit d'une langue à laquelle ses dérivés, au moins, donnent une source commune, quelque obscurité qui environne d'ailleurs cette source, il n'en saurait plus aller de même. L'orthographe y jouit bien d'une certaine liberté, mais ne saurait être arbitraire. Elle s'établit forcément d'après les principes admis par les idiomes placés dans des situations ana- logues et doit s'y accommoder avec soin. Pour avoir méconnu cette règle, des écrivains patois ont écrit et imprimé de ma- nière à faire une langue souvent méconnaissable, un jargon illisible, de choses remplies d'esprit qui seraient, sans cela, de très-heureux essais de littérature rustique. Trois principes dominent,chacun dans une certaine mesure, l'orthographe des langues cultivées. Ces trois principes sont l'étymologie, la dérivation, la prononciation. Je proposerais de les employer, pour l'orthographe patoise^ dans les limites où la grammaire française se sert d'eux, et de la même manière. Les règles de l'orthographe pourraient consister, il me sem- ble, à conserver les radicaux, pour que la ûliation des mots soit aussi apparente que possible; à former les terminaisons de telle sorte que les dérivés puissent en découler naturellement par l'addition de désinences plus ou moins fines; enfin à rap- procher le langage écrit du langage parlé, autant que le permet le respect des deux premières lois, dans tous les mots qui leur sont soumis, et autant que l'exige la simplicité du langage écrit, quant à ceux qui sont parfaitement originaux, qui n'ont pour ainsi dire ni tradition ni descendance. Évidemment ces principes risquent de recevoir des excep- tions nombreuses ; mais, tant qu'on le peut, il convient d'y ra- — 32 — mener les exceptions. On objecterait yainement que la ma- nière de prononcer les mots ne serait pas tout Indiquée parla. L'orthographe, en effet, ne donne pas la prononciation ; la grammaire elle-même n'arrive qu'à en poser les modes, car l'enseigner est le fait de Tusage. Tout ce que l'on pourrait faire serait de placer entre parenthèse le mot écrit tel qu'on doit l'articuler. Il y aurait donc lieu, par exemple, de conserver autant qu'on le pourrait l'orthographe des mots français et latins qui existent en patois; ces mots français et latins sont les dérivés des autres, ils témoignent de leur orthographe originelle. On devrait, en conséquence, se servir de Vs pour marquer les pluriels quand ils ne le sont pas par une désinence propre. La littérature romane Ta fait, c'est une tradition bonne à suivre ; quelles raisons donnerait-on pour écrire autrement qu'elle ceux de nos mots dont elle faisait usage? Même les bizarreries et quelques erreurs pourraient être maintenues, car il y a eu similitude de génie, et ce qui a amené un acci- dent dans cette langue cultivée a dû ou pu le produire dans les dialectes ou les parlers vulgaires. Je crois devoir indiquer aussi comme nécessaire l'emploi, dans les mêmes circonstan- ces et dans des cas analogues, des différents signes orthogra- phiques admis en français, tels que les accents, l'apostrophe, la cédille, le trait d'union, la parenthèse et le tréma. 5. — De rElision et de la Contraction Les accidents d'élision et de contraction se produisent avec fréquence dans nos patois. Ils affectent les voyelles finales des mots et des syllabes entières de l'article ou du pronom. L'élision a lieu, pour la voyelle finale des mots, quand le suivant commence par une voyelle semblable; quand c'est une voyelle différente, elle arrive moins fréquemment. Il n'y a pas de règle bien générale. Dans des localités, on observe l'élision rigoureusement, tandis que dans d'autres on en tient peu de compte. L'usage seul donnerait à cet égard les notions exactes. Ainsi le défaut de liaison est plus fréquent dans le limanien que dans le brivadois, et il en est que. le limanien ne tolère pas ; ressemblant à cet égard au brivadois, il les évite par le moyen de lettres euphoniques, qui sont z\ l', f et q\ — 33 - 6. — Lettres euphoniques Z' est toujours employé à ce titre devant le verbe avoir, mê- me quand ce verbe commence la phrase. — L se met entre des mots qu'une voyelle termine et commence. Pour dire : il faut être, le Brivadois dit : tsau Pesse, Il fait aussi quelques liaisons avec t et q;ï[ dit : san fesclôs (sans sabots), din q'un tsan (dans un champ). Mais ces lettres sont beaucoup moins employées que z et /; celles-ci semblent caractéristiques des dialectes du haut Allier. Quant aux liaisons des consonnes finales avec les voyelles initiales, elles ne sont pas d'un grand usage, si ce n'est pour des lettres dont le son se lie naturellement au mot suivant ; ainsi Vl, qui se lie habituellement, et aussi Vs de Farticle au pluriel. GRAMMAIRE .1 — De r Article L*article est une partie essentielle du discours, en au- vergnat comme en français. Il se met devant le substantif ou devant les mots employés substantivement, et sert à distin guer les genres, les nombres, les relations de sujet et de régime. — Il perd souvent, par élision, sa voyelle finale, et, comme Tarticle français, est sujet à la contraction : (Taws pour de l'aus, etc . Il se décline ainsi : MASCULIN. FÉMININ. SiNG. — Le, lo, V la, r, Deiy de, del' (de le, de la) de la, de V. Ei a la ou veila et bei la, Plur. — Lei, los las . De los, de lais, dos, d'eis, d'eu (de les) de las. Veileis ou veilos (vers les) vei las ou bei las. Et bei leis ou bei leis (avec les). Voici des exemples de l'emploi de l'article: Le tsami de Lende mena ei tsan dei roc, à la vegna dans Bard, vei los pras naus, passa da raza leis scurias de la borie, e dona passadze bei leis vatzas de Piar pa na mandzà las erbas de las couveiràs, — (Le chemin de Lempdes mène au champ du roc, à la vigne des Bard, aux prés hauts ( vers les prés ), passe contre les écuries du domaine, et donne passage aux vaches (avec les vaches) de Pierre pour aller manger les herbes des collines ( de les ). On remarquera que le régime indirect, soit singulier, soit pluriel, n'est point formé par l'article seul, mais par le se- cours aussi des deux prépositions vei et bei, qui signifient pro- ~ 35 ~ prement vers et avec. Ainsi on ne dit pas: va à la vigne parle à Pierre ; mais bien : va vers la vigne, parle avec Pierre : vé vei la vegna, parla bei Piarre. Ces deux régime s indirects ne s'emploient pas indifféremment. Un paysan ne dirait pas en patois : va avec la vigne, ou donne à manger VBRS la vache ; mais vé vei la vegna, done manza bei la vatsa. Il me paraît pouvoir être tenu comme règle que bei (avec) s'emploie pour les choses animées, tandis que vei (vers) n'est usité qu'à l'égard des choses inanimées. Le génie de la langue paraît avoir été, ici, de distinguer les objets avec lesquels on peut entrer en communication, de ceux dont on ne peut que s'approcher. 2. — Da Substantif L'auvergnat admet deux genres : le masculin et le féminin ; il admet aussi deux nombres : le singulier et le pluriel. Genres et nombres sont indiqués, le plus ordinairement, par Tarticle et le pronom, souvent par une terminaison particu- lière. On peut dire que l'a muet est la terminaison de la plu- part des noms féminins. D'autres fois, comme en français, le féminin se forme du masculin par l'addition de e muet : en petiot (un petit), ena petiote (une petite). Il y a aussi des mots qui sont invariables, ceux terminés par u notamment ; mais encore en est-il de ceux-là qui font una au féminin. . Le pluriel des noms féminins en a ou e muet se forme par la substitution de â très-ouvert et long à a muet. Il con- viendrait, je l'ai dit, de les écrire par s, pour conserver la tradition grammaticale que ia langue romane a transmise au français et que le latin a consacrée ; mais le langage parlé y oblige, car il fait toujours sentir Vs. Les substantifs masculins en et au singulier ont leur pluriel en es ou èis ouvert. Quel- ques-uns, comme pastre (berger), qui est masculin, font leur pluriel en eis: lam pastreis. D'autres fois, la prononciation seule indique la différence du nombre, en substituant le g lettres muettes ou fermées aux lettres ouvertes ; d'autres fois , enfin, les noms sont invariables, et il y en a bon nombre. Le verbe patois, de même que le verbe français, s'emploie substantivement. Exemple : viaure (vivre), le viaure (ce qui est - 36 nécessaire à la vie), laus viaures (les vivres); coudre (cuire), le coueire (la marmite), c'est-à-dire ce dans quoi Ton fait cuire. 3. — De r Adjectif L'adjectif s'accorde en genre et en nombre avec le sub- stantif et suit ses règles. Il y a, toutefois, des adjectifs de deux genres : ceux en ide, notamment, comme sulide (solide) ; ceux en ble ou pie, et généralement ceux qui se terminent au singulier par la voyelle e, ainsi que les adjectifs numéraux. On ne saurait donner aucune règle absolue de la formation du féminin avec le masculin pour les adjectifs ; mais la ter- minaison en a muet pour le féminin est une des plus communes. Ainsi, grand, féminin granda; entei (entier), féminin enteira; loun (long), féminin loundza ; bo et bou (bon), féminin bona ou bouna; mouva (mauvais), féminin mouvasa, etc. Le nombre de l'adjectif est aussi indiqué, au moins dans le discours, par la terminaison. Ainsi, ena grossa vatsa ( une grosse vache ) , au pluriel, de grossàs vatsàs; un grand dzardi ( un grand jardin ), de grandes dzardis. Du reste, les adjectifs autres que ceux de quantité ou de mesure sont rares dans la langue patoise. La culture n'y ayant pas compliqué l'idée, elle n'a qu'un petit nombre de qualificatifs. Mais les degrés de comparaison y existent ; ce sont : ta ou tan pour aussi, autant; pas ta (pas tant, pas autant) pour moins ; mei, moue en lima- nien, pour plus ; le et la mei, le et la piu, pour le plus. Le super- latif absolu, lui, est très-peu usité. Comme en français, ces différents termes de comparaison veulent que après eux. Mieux a aussi son équivalent dans le patois d'Auvergne ; c'est me/eowr (meilleur), qui a l'emploi de miei/a: en français. Mei de (plus de) est usité aussi : mei de cent escus (plus de cent écus ). Ajxtbctips numéraux. — Fn ou ioun, daous, treis, quatre, chanq ou chinq, set, vei ou vuei, naou, deits, ounze, dudze, terdze, quatordze^ qulenze, sedze^ derset, deizeuei, deisnaou, vient, sont nos noms de nombres cardinaux patois, et la numération se continue de la même manière que dans le français. — 37 - Ceis adjectifs numéraux ont ceci de remarquable, que ioun et dau s'accordent en genre avec le substantif : ils font au fé- minin iunQj dua, A l'imitation du français, imitation récente peut-être, les nombres ordinaux se forment en ajoutant la terminaison ème aux nombres cardinaux ; toutefois, premier se dit pourmei, et second, segoun ou deugème. Adjectifs INDÉFINIS.— Les adjectifs indéfinis sont : tsaque, tsasqioun (chaque, chacun ) ; — paioun ( aucun ou personne ),— même (même), que je crois moderne ; — tut (tout), — tutta, tuttas (tout, toutes ), — tutteis ( tous ) ; - tau (tel, telle), qui est sans genre; quau ( quel, quelle ). - On dit aussi, pour quelle, quen ena (quelle une); — quauque, quauqua (quelque).— Plu- sieurs est devenu patois et se dit plujeurs, mais s'emploie peu et par imitation du français. 4. — Des Pronoms PRONOMS PERSON NELS Première personne Singulier. Pluriel. Sujet. — le, tau, je, moi. RÉGIME DIRECT. — Mc, se, moi, Nus ou nous. se, RÉGIME INDIRECT. — Bel t/e, bei Bei nus ou bei nous^ me, à moi. à nous. Exemples: Ye ou ame pas (je n'aime pas cela ). Me faras de mau (tu me feras du mal). Bailas quo bei ye ? (vous me donnez cela ? ) Le pronom s'emploie rarement seul au pluriel ; l'auvergnat dit bien nous, mais plutôt nus aulreis, n's autreis (nous autres) : bailas quo bei ns autreis ( donnez-nous cela), plutôt que baila nus ou nous quo, et surtout que baila quo bei nous. Deuxième personne Singulier. Pluriel Sujet et régime direct. — Tiu, Vous. te, tu toi. RÉGIME indirect. — Te et bei tiu^ Bei vous et vous (avec vous), te, à toi (avec toi). — 38 — Exemples : Tiu, n'auras d^'e (toi, tu n'en auras pas). — Te fau maw?(je te fais mal?) — Vous fau pas tort {^e ne vous fais pas tort ).— Çwo ne vous apportent pas ( cela ne vous appartient pas). — Parle pas bei vous (je ne vous parle pas). — Fofe pas te faire tort (je ne veux pas te faire tort). — L'auver- gnat supprime le plus souvent les pronoms de la seconde personne au régime indirect ; il les remplace par le pronom ou adjectif possessif tien, mien. Dans le dernier exemple que je viens de citer, on dirait plus correctement : quo n'est pas tione, ou mionne, ou vostre, etc., etc. (cela n'est pas tien, mien, vôtre ), pour : cela n'est pas à toi, à moi, à vous, etc., etc. Troisième personne Singulier masculin. Pluriel. Sujet ET RÉGIME DIRECT. — Li,le, Les, laus, les, ils, eux. il, lui, le. RÉGIME INDIRECT . — Bei z'ei, li Bei z'iaus, à eux. ou y, à lui. Exemple : Ot parla par z'ei { il a parlé pour lui).— Bayla-li- le ( donne-le-lui). — Le lup les ot mandza (le loup les a mangés). — Quo ne vai pas bei zUaus ( cela ne leur va pas ), bei z'ei ( ne LUI va pas ). Tzau li re dire (il ne faut lui rien dire ), ou liau re dire (leur rien dire). — Didzas-li ou didzas-y (dites-lui). — Li, employé ainsi, est des deux genres. Singulier féminin. Pluriel. Sujet et régime direct. — La, Las, z'ias, elias, elles. z'ia, yo, lia, elia^, elle. RÉGIME INDIRECT. — De z'ia, bei De zUas, bei z'ias, d'elles, à z'ia, d'elle à elle. elles. Ainsi qu'en français, le, leis, la, las, pronoms, accompagnent toujours un verbe comme régime. Les pronoms me, te, se, s'écrivent et s'emploient comme en français. — En est égale- ment patois ; il s'emploie pour de lui, d'eux, d'elle, d'elles, concurremment avec de z'ei, de zlaus, de z'ia, de z'ias, de la * Patois de Glermont, de Riom et des villages environnante. — {Poésies patoises de Pastourel, etc). - 39 — même façon qu'en français. — Il s'emploie aussi pour ceci et cela : — N'en sei pas la causa (je n'en suis pas la cause ). — Comme en français, encore, le patois ajoute même au pro- nom personnel pour donner plus de force à Texpression : ie même, z'ei même ( lui-même ). ADJECTIFS ET PRONOMS POSSESSIFS SINGULIER Masculin. Féminin. Moun, ma. Toun, ta. Soun, sa. Nostre, noste, nostra ou nosta. Vostre, voste, vostra ou vosta. Liour, liaus. PLURIEL Masculin. Féminin. Maus^ mets. mas. Taus, teis. tas. Sans, seis. sas. Nostt'eis ou nosteis. nostraSy nostas. Vostreis ou vosteis. vostrasy vostas. Liours, liaus. Comme on va le voir, le pronom possessif patois a été formé de Tadjectif possessif, de la même manière que dans le français. SINGULIER Le^ ou la mione. Le, ou la tionne. LCy ou la sionne fchonnej. Le, ou la nostre ou noste. Le, ou la vostre ou voste. Le, ou la liour. — 40 - PLURIEL Masculin. Lam mionnes. Laus tionnes, Laus sionnes. Etc., comme au singulier. Féminin. las mionnas. las tionnas. las stonnas (chonnas). las nosiras ou nostas. las vostras ou vostas. las liours. Mien, tien, ont un emploi fréquent dans les parlera de l'Au- vergne, pour indiquer Tidée de propriété; on dit: quo dei mione, c'est-à-dire cela du mien, ou quo mione, cela mien. Généralement, le bas-auvergnat n'admet pas le pronom devant le verbe; il ne l'emploie guère que comme régime di- rect ou indirect. C'est là une de ses formes caractéristiques. L'usage qui se fait du pronom dans les parlers limanien et dorien ne saurait, à mon sens, infirmer cette règle, dont la généralité ne souffre point ou à peu près point d'exception dans la basse Auvergne et dans la haute, hors de ces parlers. L'emploi du pronom comme sujet du verbe, quand il y a lieu, tient peut-être à Timitation du français, par suite du voisinage d'influences que les autres localités ne connaissent pas. L'éli- sion de la voyelle finale des pronoms est aussi une règle géné- rale. Comme dans la langue romane, bien plus, la voyelle in- térieure disparaît : ainsi, rCs, v's, représentent très- souvent nous, vous, particulièrement dans certains dialectes : rCs endi ( on nous a dit ). Elidé ou contracté ainsi, le pronom devient, dans la prononciation, fixé au mot qui le précède ou à celui qui le suit, selon que le premier se termine ou que le second commence par une voyelle. Pronoms démonstratifs. — Ce, quo, quo-d^ati, quo-d'acet, quo-d'alei {ce^ ceci, cela);— g^w^, qué-d'ati, qué-d" acei (celmy celui-ci, celui-là); — qelau-d^ati, cTam (celle, celle-ci, celle-là); — quelaus, quelas-d'ati — d'acei — d'alei (ceux, celles, ceux-ci, ceux4à, celles-ci, celles-là) : voilà les pronoms démonstratifs. Quand ce pronom est employé comme adjectif démonstra- tif, il se dit que ou aqué ( ce ), quéla ou aquèla ( cette), quelaus, quelas (ces). -41 - Pronoms relatifs. — Que, qu, que z\ devant les voyelles (qui, que), sont les pronoms relatifs : Le mounde que mandzount liour be sùbountpas ce que faut (les personnes qui mangent leur bien ne savent pas ce qu'elles font ). Le mounde que z^ame (les personnes que j'aime ) ; le tsamp quant tsata laus vegeis ( le champ qu'ont acheté les voisins ). Pronoms indéfinis. — Quau ( quoi ), peu usité ; qioun, qiuna ( lequel, laquelle) ; qiunaus, qiuna$ (lesquels, lesquelles, quel- ques-uns, quelques-unes). Dont s'emploie aussi, quoique peu fréquemment, avec le même sens qu'en français. — On est inusité ; à sa place l'au- vergnat dit: fe mounde (les personnes, le monde ), ou bien il se sert du verbe à la troisième personne du pluriel : disount ( ils disent) pour on dit; le mounde est alors sous-entendu. Il y a des localités où l'emploi de se pour on est usuel ; exemple : se disount, on dit ; ici encore le mounde est sous- entendu. Dans certains cas, cependant, on se traduit par an, précédé de l'eu- phonique r; exemple: quand Tan z'ai maridada (quand on est mariée ). Tsasqioun ( chacun ),— quauqioun ( quelqu'un ) ; — laus autreis (les autres); — ioun t autre (l'un, l'autre) ;—patown (personne), sont les autres pronoms indéfinis. 5. — Du Verbe Puisées à des sources communes, formées d'éléments iden- tiques et soumises à des vicissitudes semblables dans lesquel- les le degré seulement a différé, les grammaires auvergnate et française présentent les mêmes règles générales relatives au verbe, à son sujet, à ses régimes et à ses modifications de nom- bres, de personnes, de modes, de temps. La descendance du pa- tois ou, mieux, du celtique au français, reçoit ici sa démonstra- tion la plus forte, puisque le verbe estressence de toute langue. Comme le français, le patois d'Auvergne n'a qu'un seul verbe substantif, à savoir le verbe être : esse ou estre. Comme lui aussi, il reconnaît cinq sortes de verbes adjectifs : 1* le verbe actif: — scrise (j'écris ), mandze (je mange) ; 2° le verbe passif, ou — 42 — du moins conjugé passivement avec Tauxiliaire : esse ou estre ama ( être aimé ) ; 3° le verbe neutre : langui, landi ( languir ); na, aller; 4° le verbe pronominal : se suveni ( se souyenir ), se nanà om s' ennanà (s'en aller), se pensa (penser), se soundzà ( songer ) ; 5* le verbe impersonnel : tsau, tsauiot ( il faut, il fallait); pleit, pleiguet {il pleut, il plut); essaura (il sèche); échira ( il fait de la tourmente). Le verbe est ainsi semblable au verbe français. D se con- jugue de même suivant cinq modes et dans huit temps, qui sont les modes et les temps du discours français ; et, sauf quelques exceptions que j'indiquerai, ceux-ci se forment et ceux-là ex- priment les modifications de l'action de la même manière que dans le verbe français. — Les auxiliaires estre ou esse (être), et ver ou aver ( avoir), y servent de même à la composition des temps. Il y a plus, les exigences de l'oreille française ont été celles de l'oreille auvergnate ; car, pas plus qu'en français, le patois ne dit: nCai troumpà, m'ai mourdiu (je m'ai trompé, je m'ai mordu ), mais bien me sai troumpa, me sai mourdiu (je me suis trompé, je me suis mordu), bien que, dans cette locution, le verbe esse soit pris pour le verbe ver, aver. Mais le patois est plus simple que le français quant au nom- bre de ses conjugaisons. Il n'en compte que trois: 1" celle en a, répondant à la française en er; 2^ celle en i, répondant à la française en ir ; 3» celle en re, qui correspond à la même du français. Ce sont les verbes en oir qui. font défaut ; la cause en est sans doute en ce que la plupart des mots ou verbes fran- çais en oir se terminent en patois par re ou hre, n ne faudrait pas, néanmoins, induire de cette correspon- dance du patois au français un procédé constant de formation des verbes patois par les verbes français, en changeant par a la voyelle finale er,par i celle des verbes en ir, et celle des ver- bes en oir par re, bre ou dre. Ce mode de formation reçoit des exceptions trop nombreuses pour être pris comme règle abso- lue; de telle sorte que beaucoup de verbes de la seconde con- jugaison, par exemple, comme ouvrir {badà)^ couvrir (catà), se trouvent, en patois, transportés à la première. De Même que le français, enfin, le patois d'Auvergne a, dans chacune de ses conjugaisons, des verbes réguliers, irréguliers et défectifs. — 43 Conjugaison des auxiliaires Les deux auxiliaires auvergnats ont le même usage que les deux auxiliaires français. Ils servent à se conjuguer eux- mêmes et à conjuguer les temps composés des autres verbes. Toutefois, dans le français, avoiVy seul, se conjugue lui-même; dans le patois, les deux verbes ont cette forme. Le patois dit : je suis été y je serai été y que je sois été,oe que le français -repousse comme une très-vicieuse locution ; toutefois il ne dit pas il est été, mais bien il a été: z^ai sta. Le verbe avoir, en patois, offre ceci de remarquable, qu'ex- cepté à rimpératif il se conjugue toujours précédé d'un z, jouant, comme dans les différentes autres circonstances de son emploi, le rôle de consonne euphonique ; si Ton voulait dire : moi, j'ai, on ne pourrait pas le rendre par ie, ai, mais par ie, z'ai. Ce verbe, à tous les temps hormis l'impératif, et à toutesles personnes, conserve cette liaison. On dit: j'ai acheté, z'ai tsata; j'ai eu ce champ dans le partage, z'aigu que tsanp DiEN lbpartadze; pourvu que j'aie fini, ma que z'adze tsaba. Par suite de la même loi d'euphonie, l'infinitif du verbe esse prend toujours un T. On ne dirait pas tsau esse (il faut être), mais bien tsau fesse. Vbrbb Être Inpinitip. Esse ou esfre (être). — Passe. Esse ou estre sta^ (avoir été). — Participe présent. iS^an^ (inusité). — Parti- cipe PASSE. Sta (été). Infinitif Z'^a, il ou elle était. 1 Préan«|iv, j!ai ^u vendu. Z*as guvendiUf .Qio.\ passé indéfini de aver, suivi des passés gu et vendiu. Autre passé antérieur Z'aguére vendiu ^ j'eus vendu. Z'aguèré vendiu^ etc.; passé anié» rieur de aver^ suivi du passé ven- diu. Plus-que-parfait Z*ayo ucndtu, J'avais vendu.- Z'ayas vendiu^ etc.; plus-que-par-» fait de aver^ suivi du passé ven- diu. Futur Vendrai, je vendrai. Vmdras, tu vendras. Vendrot^ il vendra. Vendran, nous vendrons. Vendras, vous vendrez. Fendroun^, ils vendronnt. Futur antérieur Z' aurai vendiu, j'aurai vendu. Z'auras vendiu, etc.; futur anté- rieur de aver, suivi du passé ven- diu. CONDITIONNEL Présent Vendrio, je vendrais. Vendrias, tu vendrais. Vendriot, il vendrait . Vendrian, nous vendrions. Vendrias, vous vendriez. Vendriount, ils vendraient. Passé Z'auio ou-novendfu, j'aurais vendu. Z'auiaou~ria vendiUi ^^tc; condi- tionnel^assé de aver, suivi du pass* vendiu. IMPERATIF Vende, vends. Vendan, vendons. Vendes ou vendas, vendez. SUBJONCTIF Présent Que vende, que je vende Que vende, que tu' vendes. Çti« renda, qu'il vende. ' Que vendachan, que nous vendions. Quevendachas, que vous vendiez. Que vendount, qu'ils vendent. Imparfait Que vendeguèsse, que je vendisse. Que vendeguessé, que tu vendisses. Que t:endeguessa, qu'il vendît. Que vendegachan, que nous vendis- sions. Que vendegachas, qne vous vendis- siez. Que vèndeguessount, qu'ils vendis- sent.. — 51 ~ Pasàé Plus-que-parfait > Qite zadzevendiu,qaQ j'aie vQïiàM. Que z'aguesse vandiw, que j'eusse Que z'adzei vendiu^ etc.; subjonclif vendu, présent d'avcr, suivi du passé Que z'aguessé vendiu, etc.; plus- rendiu. que-parfait subjonctif d'aver, en ajoutant vendiu. Des Participes passés La syntaxe des participes passés est la même en auvergnat qu'en français, avec cette différence que certaines difficultés' prévues par la grammaire française sont inconnues de ce patois; il n'emploie pas les tours de phrase ou elles se ren- contrent. 6. — De la Négation hjds négations s'emploient bien moins dans qu'en français ; ne et pas . sont les seules qui existent, et l'une n'appelle ja- mais l'autre. Pas est celle des deux dont on se sertie plus ; on fait même usage de locutions négatives sans que ni l'une ni l'autre y figure. On dit : vole pas (je ne veux pas) ; la pleidz ém- pétset que se pourmenessount (la pluie empêcha qu'on se pro- menât). Après les comparatifs, cependant, on met nerparVau- trament que ne fait ( il parle autrement qu'il ne fait ( n'agit )). 7. — Des GonJ'onctionB A l'usage de la conjonction et le patois d'Auvergne joint- celui de mei, plus. La première lie les membres de phrase ou rapproche, d'ordinaire, les choses inanimées; mei unit les cho- ses qui ont vie : li ayot soun peire mei sa meire (il y avait son père et sa mère). Cette règle n'est pourtant pas constante. Quand et ne lie pas deux membres de phrase, quand il se trouve entre deux noms, il prend souvent un son euphonique et se dit éza : li ayot Piar eza Dzaque ( il y avait Pierre et Jacques). L'emploi de e^sous cette forme n'a guère de règles ; l'habitude ou le sens musical de la langue dirigent à cet égard. D'^ Mei{ plus^ davantage, encore) s'ajoute toujours à ni quand cette conjonction est employée : trabaillapas viste, ni mei bien, l il ne travaille pas vite ni davantage bien [ ni répété est peu usité] ). — Que, conjonction, a tous les usages du français. 8. — Des Figures de syntaxe On comprend qu*une langue qui a eu aussi peu de littéra- ture et dont la construction est restée aussi- simple que Tau- vergnat, ne saurait faire un grand usage des figures de syn- taxe. L'ellipse y est à peu près inconnue, aussi bien que la syllepse. Seuls, le pléonasme et Tinversion s'y rencontrent; le pléonasme surtout, par lequel on cherche à donner plus de force au discours. Tel est surtout celui des pronoms : H ai parla bei zei même (je lui ai parlé à lui-même); da que quo me feit BEI lE? ( qu'est-ce que cela me fait à moi? ) Quant à l'in- version, on ne s'en sert pas plus que dans le langage ordinaire français. a Des locutions qui existaient dans l'ancien français sont res- tées habituelle dans l'auvergnat ; ainsi, faire employé pour dire, et mettre pour supposer, ou pour les termes familiers val allez I On dit: faguet z*ei (fit-il) pour dit-il ou s^écria-t-il, et bouta ou boutas, première et deuxième personne du masculin ou du pluriel de bouta (mettre), pour val Bouten que quo satse vray (admettons ( ou supposons) que ce soit vrai); /ûfea om coum aquo, boutai (fais-le ainsi, va !) On se sert aussi fréquem- ment de dona ou douna (donner) pour frapper : dona I donal doua y I (frappe, frappe, frappe-le) dans le sens vulgaire de: donne fort, donne-lui en bieni Une manière de dire très-courante consiste aussi à employer mas ( mais ) pour seulement, dans les phrases interrogatives qui expriment une idée de restriction, et de le placer à la fin de la phrase : ribas ( arribas ) twas, veut dire vous arrivez seulement, pour vous ne faites que d'arriver. Les personnes des petites localités transportent souvent cette locution dans le français et la traduisent par vous arrivez que» Il y a des parties de l'Auvergne où c'est usuel. CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LA LITTÉRATURE PATOISE AUVERGNATE Le dialecte auvergnat n'a plus de mots pour dire poëte, musicien, peintre, art, artiste. S'il en a eu, depuis quel temps ne les emploie-t-il plus ? La réponse serait difficile, mais Pou- bli paraît remonter loin. On ne saurait dire que l'auvergnat ne possède point de littérature, ni que les populations de cette langue n'aient pas eu un art à elles. Toutefois elles ont, en général, cultivé peu l'une et l'autre, et probablement leur littérature a été plus parlée qu'écrite. Je serais porté à croire qu'en Auvergne, plus que dans d'autres provinces, le nombre des gens cultivés fut petit. Les cours de ses seigneurs ne paraissent pas avoir connu le luxe avant une époque relativement moderne; la littérature, con- séquemment, et les arts ne devaient s'y montrer que par ex- ception. L'Auvergne a produit cependant ses troubadours, qui n'ont pas été les moins prisés. Quelques-uns chantèrent en Provence ou en Aragon, autour de seigneurs puissants ou des princes ; mais plusieurs écrivirent dans leur province et n'ont pas moins laissé un nom. C'est une preuve certaine que la langue était apprise et travaillée, quelque surface considérable qu'eussent d'ailleurs lesparlers vulgaires. Le patois que la tradition a maintenu, et que nous voyons aujourd'hui se perdre, n'est autre chose que ce qui a subsisté de ces parlers lorsque les écoles et la culture ont été éteintes. Qu'est-ce que c' était que la langue cultivéd, et où en trouver la littérature. Il faut se poser cette question, en présence des idées qui ont été répandues sur la langue dite a romane. » On nous a habitués, en effet, à l'idée qu'il y eut, entre les Cévennes et la mer, une langue particulière, faite de souve- nirs gaulois, aux dépens de la bonne langue latine, et c'est ce — 54 — qu'on a nommé la u langue romane » , une sorte de langue ar- chéologique dont quelques grandes maisons gallo-romaines au- raient charmé leur existence, et à laquelle la décadence seule aurait donné ultérieurement un peu d'emploi. Tout est improba- ble en cette manière de voir.Il j a plus de vérité à dire que cette langue « romane » est la langue gauloise cultivée, littéraire, celle des écoles et des livres. La mesure dans laquelle il lui fut permis d'imposer ses principes, son goût, le choix des expres- sions et des tours, était moindre que celle dont jouit le français à cette heure ou qu'a eue le latin à Rome. Chaque province y a probablement fait entrer les habitudes de son dialecte, comme çheicune donnait inévitablement son intonation, son accent ; mais l'ensemble restait, avait son enseignement à peu près uni- forme, ses lettres, dès lors, soumises aux mêmes règles généra- les. On voyait ce qui s'est vu pour toutes les langues : des gens instruits, cultivés, parlant et écrivant bien; d'autres qui l'é- taient moins et n'arrivaient qu'à la limite; puis le plus grand nombre qui ne savait que le langage ordinaire, le parlait d'in- stinct et ne l'écrivait pas ou bien peu. 11 s'est ajouté à cela, .pendant l'époque gallo-romaine, la nécessité d'apprendre assez delatia pour remplir certaines charges publiques, ou d'avoir l'usage de la langue latine pour les choses de l'Eglise; les mé- langes et la bâtardise se sont, par suite, introduits vite quand la. culture a diminué, après que le français a eu pris le pas. Les monuments littéraires ne peuvent donc pas manquer autant qu'il semblerait aux dialectes divers de l'ancien gau- lois. Celui de l'Auvergne a les siens, comme d'autres, dans les Yev^ de ses troubadours, dans les actes publics, dans les terriers, dans les règles conventuelles, dans les prêches, dans bien d'autres pièces écrites ou chantées. La mine n'a pas été. bien fouillée encore, et cependant les produits peuvent être montrés. ■; LES TROUBADOURS Je ne ferai que nommer les troubadours dont les vers sont dans Rochegude et Râ;ynouârd^ Y sont-îïâ' sons uùë oiHiiô- graphe bien authentique ? On peut craindre que non',' ei ^feiil- . être de» recherches critiques à cet égard offrîi^ieht-ellék de rintérêt. Pierre Roziers, Q-ancelme Fajdit,le Moine ïï'é' Moià- taudon, furent les errants. lis ont écrit en di'aléctes lang'ûe- dociens et gascons. Parmi les autres, Pierre d'A:UVërghe,'*'le Dauphin .d'Auvergne ,1-Evêque de Clermdnt, Pèyroh', Guil- laume de Saint-Didier, Austati Dorlhac(d'Orihac-?), DoriàCas- tellosa, Clara. d'Anduze ou Clarande d'Uza, ont beaucoup com- posé, la plupart sans quitter leur pays. Pierre d'Auvergne fit de charmantes poésies légères, en même temps des chants fougueux pour pousser aux croisades, et aussi des satires mordantes . Le Dauphin et TEvêque ont eu ensemble d'ardentes polémiques rimées.Le Dauphin garda près de lui et entretint longtemps Pejrols, pauvre noble au- vergnat sans argent, mais qui faisait des vers amoureux pleins de douceur pour la baronne de Mercœur, propre sœur du Dauphin . Dona Castellosa versifiait aussi ses amours pour Arman de Bréon, avec un sentiment poétique qui touche en- core, mais qui n'égalait pas celui de la belle Claire d'Anduze, qui habita la haute Auvergne comme Austau Dorlhac, et moins encore avec la passion profonde dont fut animée cette femme troubadour pour son « bel ami» {belhs amies). On raconte que ce ((bel ami» ajant paru infidèle, elle le défia en combat sin- gulier, car elle chevauchait, maniait les armes, et, sous le masque d'un homme, elle perça de sa lance celui dont en réalité elle possédait tout le cœur. Dès ce jour, saljre n'ex- prima plus qu'amour, regrets et plaintes. Les vers de ces troubadours font reconnaître que, dans les -^ 56 — XII* et XIIP siècles, où ils les ont écrits, la langue qui a été appelée « romane n, c'est-à-dire la langue littéraire dont les patois représentent à cette heure la langue parlée et plus ou moins vulgaire, florissait dans la France du Centre comme dans celle du Midi, mais que, dans une certaine mesure, cette langue littéraire se voyait pénétrer, malgré sa culture, par le dialecte de chaque pays. Les vers du Dauphin, du Moine de Moutaudon, de Castellosa, laissent sensiblement reconnaître Tauvergnat dans les tours et dans les mots. Il y a lieu de pen- ser que, dans les écrits moins littéraires, dans ce qui avait trait aux actes politiques, à F administration locale, aux choses courantes, il pénétrait bien davantage. On suivait bien à peu près Torthographe du « roman»; on gardait plus d'une ex- pression de la langue cultivée ; on empruntait aussi des ma- nières d'écrire à la langue latine; mais on a fait de tout cela, dans les documents de ce genre qui nous sont actuellement connus, une langue qui est du « roman », sans doute, mais qui ressemble peu à la langue des poëtes. LE8 DOCUMENTS PUBLICS L'un des plus anciens de ces documents, pour la basse Auvergne, est le serment prononcé en 1198 par Robert de la Tour, évêque de Cleraiont, sorte de charte portant transaction entre les habitants et lui. Cette pièce, qu'a donnée M . Gonod dans sa. Notice sur la cathédrale de Clermont, fait voir très-posi- tivement les mélanges. •» Eu Robertz, per la gratia de Deu, evesque de Clermont, pro- mete a bona fe a totz les homes et a totas la$« femnas de Ciarmont, e a aquels que issont * a ora, o que isserant*, que eu no penrai ny farai penre lor cors, ni lor mayso§, ni lor chausas, ni suffirai que sia fait, se non era per homicidi, o per adulteri, o per murtre. Per que li personna de Tome et de la femna et sa chausa sont emma marce, dels layronas sera segount ias bonnas costumas de Monl- ferrand. Se clams es fait d'orne ou de femna, dara nos fiansa o se- gurtat avincnt si pot, ojurara que no pucha. E sobre las chausas que aura en la ciptat, jugarai Tome o la femna a bona fe. Si eu o li home de ma mayso avem propria quereia contra alcu, si mai no vol donar segurtat, sobre las soas chausas Promete lor que totas chausas que serant messas à Clermont per segurtat, en patz et en gueri*a, serant seguras de me et del meus, ni no las sazirai ni penrai per uchaiso d'aquels que las i metra, ne per uchaiso d'aquel en cui poder seran messas; et qui las i aura messas las emportara segurament quant se voira. Et ni eu ni altre no de* vem donar guidatge a notre escient, ni en la ciptat ni el bore, a negun home qui aiafait raubaria ni tort a home de Ciarmont, si non era fait ab la voluntat de celui a cui auria fait lo tort. Promete fiel ment a totz loz ornes e à totas las femnas de Ciarmont que * Pour I sont. s Pour • serant. - 58 - i sont à ora et que i serant que eu lor tenrai aquelas bonas cos- tumas que mei ancessor fagueront als lors ancessors; et si ne- gunas querelas en o mei ancessor si en quelas querelas o non a chaptal de terra o d'aver, promete lor que totas aquestas chausas ^^ardaraia bonafe, et lor o iure sobre sains evangeliset mosbailes que i es o a iurat,et altre, quant i sera jurara. Et il pardonon me ab bona voluntat, si negun gravament lor ai fait tor qu'ai iorn d'oi, si non a fiansa, o a chaptal de terra o d'aver o de depte. Et per so que aquestas chausas durant . totz temps en bpna fermetat, aquesta chartra e saelada ab nostre sael, et ab aquel el chapitol de Glarmont. Et aiso fo fait Tan de la Incar- natio Nostre Senhor M.G.XC. viij. mense mai, octava de TAs- censio. (Archives départementales du Puy-de-Dôme. —Arm. 18, S.B,c. 10.) A première vue, Ton dirait un monument provençal mal orthographié ; si on le lit avec la prononciation auvergnate, on n'y trouve plus ce caractère au même degré, mais bien celui du limanien. L'emploi des formes de; la décadence la- tine est visible dans Fusage de la préposition ab {apud) signi- fiant avec; celles du latin plus pur s'attestent par Tomission de la préposition de pour marquer le génitif : la tncamatto Nostre Senhor. L'incertitude de l'orthographe, l'association de la basse lati- nité et du « roman » au patois, ressortent aussi notablement de deux autres pièces plus développées, à savoir: la charte de commune de la ville de Montferrand, laquelle remonte à 1248, et celle de Besse, qui date de 1270. Malgré ce mélange et malgré les mutilations que paraît avoir subies l'original de la charte de Besse, dans la copie qu'en a donnée Bali^ze, qui- conque entend le patois peut comprendre assez aisénient l'un et l'autre de ces actes publics, précieux monuments du droit communal auvergnat. Ce n'est pas /ju'à la date de ces pièces la langue littéraire ne fût plus usuelle pour les personnes instruites ou du monde policé. Voici ^une inscription tumulaire de 1280j qui est au musée lapidaire de Clermont. Elle concerne un certain B. de Sabanac de Catus. Gravée sur marbre blanc ouvragé, en bel- les lettres gothiques, elle fut évidemment faite pjQur, un mort - 59 - de qualité. Elle est en vers écrits sans coupure, et le tour, un peu cherché, l'indique pour Toeuvre d'un lettré. On y voit un mot qui est plutôt latin que patois, et pourtant Millot et Raynouard auraient pu la donner comme de littérature « pro- vençale » ou a romane », sans qu'elle fît disparate en leurs recueils . La voici exactement copiée : (Su if 'la : as : ta bocca : dan^a : gnar ba : e6t : t9X9 : t\Vim\ : repan^a : taU €0 : tnicet : eien : 6t6iii : tto : snat : taU €0 : ten : 9oi : bi : pat* : nt' : e : no : te : nui '. Toutefois le commun des habitants, bourgeois, marchands, cultivateurs, ouvriers de ville, ne connaissait sans doute que le parler vulgaire, et Ton était forcé d'avoir recours à ce par- ler quand on voulait se faire comprendre. Il y avait là une cause d'altération d'autant plus effective, que les scribes chargés de rédiger les pièces y apportaient inévitablement leurs change- ments à eux. Dans une certaine mesure, sans doute, ils con- servaient les règles enseignées dans les écoles; mais ils avaient appris quelque peu de latin, et ils faisaient du tout un mélange qui a produit le patois des chartes, assez défiguré dans les mots, dans la syntaxe et l'orthographe. Les choses ont dû aller ainsi jusques au XV° siècle. On en V L'an du Seigneur 1280, calendes de septembre, mourut B. deSabanac le Gatus. Toi qui là vas, ta bouche ferme ; Regarde ce corps qu'ici repose. Tel que lu es je aussi fus, Et tu seras tel que je suis. Dis Pater noster et ne te chagrine (*). Dans rinscription originale, les mots sont Réparés par un triple point. Ce signe n'existant pas en typographie, nous avons dû le remplacer par des deux-points. (*) On a truduit : cela ne te nuit, dans le livret da Musée de Clermont ; c'est une inter- prétation' erronée. Le verbe nuire n'est pas patois. La traduction exacte serait : et ne t'eunuie, avec le sens propre de chagriner. — 60 - a la preuve par un grand nombre de quittances de la fin du XIV* siècle, données pour le payement de différents servi- ces municipaux {Archives de la ville de Clermont). Voici une de ces pièces, de 1369, prise au hasard dans le nombre ; elle porte les indices irrécusables d'un reste de culture u romane », en même temps que de l'emploi du parler local comme langue officielle. Elle porte aussi la marque d'une grande incertitude d'orthographe : « Sapchont tuyt que heu Joh. Chalchat, capitani de la viala de Clarmont, confese haber hagut pcr cauza de mos gatges, per un mahdament loqual se redreysaua ha Joh. lo merceyr, leuador de una talha hordenana ha lebar per saumana, loqual mandament fo escriut io xu* jor dal mes dahosl Pan LXIX, la soma de sege flor ; et heai lodit Joh. Chalchat, capitani de la dita viala en quite la dita viala et lodit Joh. lo merceyr lebauor de la dita talha et tos aqueus a quy pot apertenir. Los quaus sege flor. ay hagut per la ma daldit Joh. lo merceyr per cauza de mos gages. — Donat lo xii« jor daldit mes dahost, Tan LXIX et en temoyn daquesta sedula heh pauza mon nom. » — J. Chalchat. Une chose positive, en tout cas, c'est que le patois vulgaire était encore la langue courante bien après ces dates. Il servait à toutes les relations de la vie, même entre les per- sonnes que leur naissance et leur état sembleraient avoir dû rendre familières avec une langue plus cultivée . On ne peut s'en étonner en se rappelant combien cela était général il y a quarante années seulement, et comme cela l'avait été bien davantage un peu plus en arrière. Les archives municipales de Clermont fourniront beaucoup de preuves quand on les in- ventoriera. Le registre des bayles de la Charité de Clermont^ qui est de 1385 ; celui des Cens et percières dues au Saint-Esprit de la paroisse de Saint-Pierre, qui paraît antérieur, sont tout entiers en ce patois mêlé, lequel était forcément celui des scribes, mais qui atteste l'usage commun du parler tradition* nel. Voici des passages empruntés au livre prébendaire d'une abbaye de femmes, dicté en 1462 suivant M. Dominique Branche, qui les cite dans son intéressante Histoire des mo- nastères, par Marie de Langeac, abbesse des Chases. Il a été . - 61 — écrit par un notaire, en patois brivadois. Il Indique ainsi qu'il suit l'ordinaire des Dames des Chases, à certains jours de Tannée : Saint Illary Haquel jour prendront chacuna dona a ias anouls, par l'obit de Magdalena de Langeac, prioressa de Gabelles, char freche embei char salada. Saint Âugnstini, episcopi Item prendront en Tabadia chacuna dona douas liauras de char freche per Tobit de Monsieur Armand de Langeac, chevaler que fut sepulti en lou moustier de la Gazas. Saint Benedicti, abbatis Item prendront chacuna dona a las anouls, tent par avent que per caresmo par lous obit que sont desclaratsen la régla, quatre liouras d'olly et non la devont prendre quant sarant foras l'abadia. Prent chacuna dona, lou dit jour, per l'obit de Madona Margarita de Prunct, abbatissa de las Gazas, et de Madona Isabella dé Digons, prioressa de Rajada, una lioura d'olly *. * W Auvergne au moyen âge, Lom I" ( d'après lo mss. Framond ). Le Jour de Saint Allsrre Ce Jour-là, chaque dame prendra aux annuels, pour la mort de Magde- leine de Langeac, prieure de Gubelles, chair fraîche avec chair salée. Saint Angnstin, évêqne Jtem, chaque dame prendra dans Tabbaye deux livres de chair fraîche, pour la mort de M. Armand de Langeac, chevalier, qui fut enseveli dans Je monastère des Chases. Saint Benoit, abbé Ilem, chaque dame prendra aux annuels, tant pour l'A vent que pour Je Carême, pour les morts qui sont portés sur la règle, quatre livres d'huile, et elles ne la devront pas prendre quand elles seront hors de l'abbaye. Chaque dame prend, ledit jour, pour l'obit de Madame Marguerite Prunet, abbesse des Chases, et de Madame Isabelle de Bigone, prieuse de Rajade, une livre d'huile. . — 62 - Sainte Elisabeth, duchés < Haquel jour prent en l'abadia chacuna dona per rason de la festauna liourason de vede et del pro fres, et un tros d'andouilh, el dous deis de salscisse, et dimey galina et de moustarda, et de vi un pichey a dina et una paucha a soupa. Et pendront à l'abadia per touta charenda un pichey de piument embei quienz oublis^. La prébende journalière était bonne aux Chases ; les défunts payaient bien les prières des />awi65, et celles-ci passaient peut- être moins frugalement que ne lo voulait la règle les temps froids de Noël ; car à tout cela s'ajoutaient encore una mi- cha de tourta (un petit pain de seigle) par chaque jour, des pi- geons à la Pentecôte, des harengs en carême, de poumpa (de la pâtisserie aux pommes ), la nuit de Noël, et maints autres ré- gals pour chaque devoir un peu dur. Mais^ laissant là l'inventaire de la cuisine conventuelle, constatons une fois de plus, par ce manuscrit, l'existence du patois comme langue usuelle à la veille du XV* siècle. Robert Estienne imprimait encore à Paris, à la fin du XVP, las Horas de Nuestra Sehora, cô muchos otros oficios y oracion es ( im- pressas en Paris, m. d. xxix), qui se terminent ainsi : a Fe- nesce las horas de Nuestra Senora. impressas en Paris, por Thielman Kermer. A. xxiiij de otubre del anno del Senor de mill e quinientos e xxix ^. » Il faut s'étonner, dès lors, que les pièces en cette langue nous soient parvenues en si petit nom- bre, car il a dû en être beaucoup écrit. Ces dames des Chases, reléguées dans leur sauvage mo- , nastère (il yen avait de haut lignage], ne passèrent sans doute pas leur existence sans confier au papier des rêves d'imagi- t ftainte Elisabeth , daohetfse Ce jour-là, chaque dame prend dans l'abbaye, en raisoa de la faste, une livraison de veau et.de porc frais, un gros morceau d'andouille, deux doigts de saucisse, une demi-poule et de la moutarde, une piote de vin à dîner et une chopineà souper. Et, ppur tout le temps de Noël, elles prendront à l'abbaye une pinte de piment ' avec quinze oublies. •^ Liqueur faite de miel , de vin et de différentes épiées. * Brunet, n*» 201, et le Catalogne de A. Fontaine. 1S75, tï^HI - 63 — nation ou des extases d'esprit. Toute la vie spirituelle, qui plus est, pendant une longue suite d'années, n'a pu avoir d'instrument de manifestation que le patois. L'Eglise était particulièrement obligée de l'entretenircomme langue usuelle. Si dans leurs actes les dignitaires importants usaient du la- tin, dans leurs rapports avec les fidèles, dans leurs prédi- cations, dans les prières, dans les cantiques, quel langage auraient -ils pu employer, sinon la langue vulgaire ? Les cou- vents de femmes, entre autres, ne pouvaient pas avoir d'autre idiome , le latin demeurant- l'apanage des hommes. De tant d'instructions, de catéchismes, de prêches, de légendes, tra- duits ou composés en patois, et qui formaient une littérature dont les monuments offriraient aujourd'hui plus d'une curio- sité, comment n'a-t-il rien été retenu ? La tradition populaire n'a pas même porté jusqu'à nous quelques-uns . Un d'eux lui dit : Si letroube en bataille, Ly dounarai de mon frondi, Tant drey par la vidailhe, Comme en ont les gens Qui portent la soie ; Us ne nous ont rien laissé Qu'un manteau rapiécé. Nous avons mille soucis Qui nous font la guerre, Et tant d'autres affaires, Les cens et la taille. Jamais nous n'en verrons la fin, Si de Noël le petit Fils Ne nous vient en aide. * Si le trouvons, Avec toute sa troupe, Il sentira Combien pèsera De chacun le bâton noueux. La botdade est une canne en branche de chône ou de cormier, ter- minée par un nœud qui en fait une sorte de massue. Ce nœud forme une petite boule, d'où ce nom de boulcuie . — «9 - Que eonme un por. Tout rede mor, Yo tombaro par tiarre ; Et lau bargers, Pu de dangers Ne n'auront, ni de guiarre*. Il 7 a en tout cela un incontestable mérite de naïveté rustique. On voudrait indiquer Tépoque précise où ont été faits ces noëls, assez mal orthographiés, il faut le dire, par les collectionneurs qui les ont reproduits. Plus d'un est dû à ces auteurs sans nom et sans pays connu, de qui émanent les chants rustiques et la littérature vulgaire véritable, cette littérature à peu près orale et traditionnelle des bourrées, des chansons du labour et de la veillée . Ce sont des chants de plaintes sur les maux de toute sorte que souffrait le paysan, et sur Tespérance de les voir cesser par la venue du Fils de Dieu. Ils ont une date probable, celle de Tépoque féodale. On pour- rait les appeler les noëls politiques, en regard d'autres qui ont eu un caractère religieux et catholique. Ils constituent un genre particulier, si bien qu'en 1665 le chanoine Laborieux, voulant versifier sur les Grands Jours, ne crut pas avoir d'autre forme à prendre et appela sa pièce un noël. L'abbé Tailhandier, qui estimait trop cette pièce pour con- sentir à lui donner un nom à ses yeux mal porté, dit bien qu'elle fut appelée ainsi parce que les Grands Jours devaient s'ou- vrir à Noël ; mais c'est un noël véritable, parfaitement dans le ton et le mouvement de ces sortes de pièce. Qui en douterait à ce commencement : Augha, gens, augha, Le ceo vous reproche, ^ Si je le trouve en bataille, Je lui donnerai de ma fronda Si droit dans la poitrine, Que comme un porc, Tout raide mort, Il tombera par terre ; Et les bergers, Plus de dangers N'auront plus, ni de guerre — 70 — Qu'aqnoué trop plegha, E sen gro baugha, Vou laissa raugha ? Noé cez deiscen, E vo tou refouére*. Ce noël de Laborieux est un des plus médiocres. Sans vi- vacité dans le tour, vulgaire par les idées, sans originalité datiS' Texpression, il n*offre qu'une plate énumération de ce qui sepaid^' lors de Tinstallation de ce tribunal extraordinaire et'iff B讫^attd4en'êesi'8oti'8eul mérite vient du sujet. A quel- queiSfriégiardsi c^èst uiidobumerit-^ut permet d'apprécier par éte.aert^Di» c6téyila'situatiôn >d€( là d^ésêr sujette. Uorthogra- ptel<én>!ed*!àlb«ài'f6rt'iïiauvftisô'/-''^' 'i'"-' -" *'i' ''•••n-.M'ti^o'l'in l I ' ,;rp ^^.'] rnr';. I-'I-^.- • •.' ,- ■ :i:'.. >.'..-jî <'.i •(•.'•.qcji; >*»! tIk : ru. îneuîiîMK.- -JEb«ii^j)^ple,-éc6ùt^|'''' '•'^■'';;''-'';'' •'»- i- '- ./Ai'^f'nodi.d '>fii"u{;é'ôiél roùs'cn^'''';' it'j'<"- •< .'î'M[ii.'.f?'iJii-r ^'■L:,rC') ii.[i .•[•ilï-ai.iWïr.T 'tddnM oîlo'np iî')id !'■: ■■•'J9i^i'âèfecèiià'1'«r» rîi. f!"'.". >ij;ir: : l'ioV. £ li'i : tf!':»(xi^on9£nfffoo ^r» » ,^ni;ïio>.\ il «dpb îioTb i-5 I i.i.'i. il.iiri lijr.'î' ;'ni'»j ii.Q j -jidiTTifJ il .8io;iifld sel iH LES CHANSONS POLITIQUES A ces chants populaires, qui ont dû être fort nombreux, s'en sont ajoutés probablement d'un autre caractère, à Tépo- que des guerres de religion. Si Ton pouvait réunir toutes les chansons que les gens des campagnes redisent encore à cette heure, on en trouverait sans doute plus d'une de cette espèce ; mais un recueil^ semblable est encore à composer. Dans quelques parties de la basse Auvergne, notamment aux environs d'Ambert, où les huguenots eurent leurs derniers campements, on entend parfois des femmes, aujourd'hui cré- dules catholiques, endormir leurs enfants avec la lente mélo- die de fragments dont l'origine protestante ne saurait être contestée. En voici un, inséré par M. A. Imberdis dans ses Guerres religieuses; il fait regretter que la pièce à laquelle il appartient nous manque : Disamé, grand nigaud, Chirias-tu tant foutraud * Que de v'ou poudi creiro Que le Meïstre de tout Ghage dins un croustout? L'y auria be ty par reïre' Comme on le voit, ce n'est rien moins que la question de * Foutraïul a passé du patois dans le français des petits endroits, et veut dire simple, crédule, bote ou naïf. * Dis-moi, grand nigaud, Serais-tu si simple Que de pouvoir croir.^ Que le Maître do toute chose Soit dans un croûton ? Il y aurait bien là pour rire. — 72 — la présence réelle qui se trouvait ainsi traitée. Le protestan- tisme inaugurait par là avec assez de bonheur, dans la litté- rature populaire, les commencements de la chanson politique, devenue depuis un des côtés saillants des lettres françaises. LE THÉÂTRE Pour ne pas intervertir les genres de littérature, je n'ai pas respecté Tordre des dates. Antérieurement aux vers qui pré- cèdent, avait été écrite en auvergnat une pièce fort curieuse, que sa nature distingue des autres ouvrages . C'est une scène d'un mystère ou d'une moralité du XV» siècle . Dulaure nous l'a conservée dans ses volumineux et précieux recueils de copies et d'extraits^. Il n'en a malheureusement pas donné le titre ni ditoùill'avait trouvée. Peut-être est-ce simplement une scène, une sorte de tiroir qu'on ajoutait, pour être re- présenté en Auvergne, dans le cadre de quelqu'une de celles qui se jouaient communément. Cette scène, partie en français, partie en patois, fut assu- rément l'œuvre d'un esprit habile à la satire. Elle porte la date de 1477. J'analyse ici ce qui est écrit en français, pour arriver plus vite au patois. Simon veut inviter Jésus à dîner. Il appelle Mallegorge et Malbec ; ses valets, et les envoie chasser pour avoir c viande necte. » Ceux-ci prennent leurs chiens et vont aux champs. Ils dressent leur rets, mais rien n'y vient. Ils causent alors : « Les bestes vont à l'offrande en ce pays, je t'en assure », dit Maubec, « et nous avons anticipé l'heure où elles font leurs logis aux champs , ez bois. » Cependant j'en pris trois d'un coup, autrefois; il sufût de leur dire deux mots à voix basse : « Bertrand, betoray. » Lors la beste crye : Aye I aye t Tele est des botes la lignée De ce pays Tu ne vis onc bestes pareilbes * Manuscrits de la bibliothèque de Glermont, n* !fô5. — 74 - Car toutes vives on les man^e. Elles ne se peuvent amer; Pour ce, les mangent leurs voisins. MAIiLBOOROE Maubec, tournons à nos appaulx. Quelqu'une de ces bêtes prendrons. En effet, il en avise une : On nevist beste si ^aulvaige. lillle porte en sa main une cage Pleyne d'oyseaulx et de poissons. L'animal est blotti sous un buisson, et les chiens n'osent avancer. — ail ne faut qu'au buisson frapper», dit Maubec; a si c'est une beste d'Auvergne elle fojra, et sans esparnhe s'yra mettre dans les las. » — « Dis les deux mots qui les font prendre » , reprend Mallegorge . MAUBEC Qu'elle est grande ! Betoray. Bertrand, betoray*. La bête, qui s'appelle Mallegejpe, sort alors du buisson, fuyant vers les lacets et criant : « Haye î baye ! baye !» ; et Maubec de dire : « Betoray, Girault, betoray 1 » '^ '/' MALLEGEYPE iii''i> >.i<)'ii -.['iij il-, ,^ Oti pourrai yo fugir merchanecs. * M. Dulaure sedeman(^Q,.^e|l,^^^rtr:fija^^ ^i^ygi^^^gi^ par les ira- queurs. La question est de sqjujipn difÇçUe.rCl^a^tçmt j^^^ c*esl un Girault (Geraud peut-être), et" puis encore un ifichài;.. Quant au mot «betoray», en le reconstruisant* àuli*émeùt^' ifdf} I / * Seigneur, MQftiift^jp^j^8w|p|}|e,,,, ,i;j,jj; .j. Gomme voM4)WWiWW ^. JOiUiv (i / paiU Gar je B^,)(i^1^^^mJ^^rn:,.i'^s,t. ov jy Moi-même dans ces^nlets. Seigneur, Monsieur, nous sommes si lourdes, Nous autres bétes de (^{mJifnHii .iitoa^ifi^- * Que nos pères et nç^jJ^^B-,„ ^^ -^..pu^ellBÏ/ Quand les coiqfifflf^^ fVjWjf teif»a^ft^ Nous plaignons de donner deux blancs, Ut pour plaider voulons tout vendW,"'^*^*^^ ' Nous crions' êètàff.^'bmifi^fkêm ^i^f"®^^ - 76 — MAUBIG Dis-nous ton nom t MALLBGETPB Seignher, par ma fé, Mallegeype m'appellont tous ; Mas quo sez vous par me rendre ad vous 7 Digas seignher, se vous play *? MALLEOOBOE Mal bec, Mallegorge. malleoeype Devray? Gertas,yo sai don ben venguda! Aultre viage on m'a veguda (ai mai, plutôt que on ma) A court de Rome et en France, A Savoye, Bourgognhe, Provence, Et, certas, per trestout le monde. Par quo seignber a vous me rende, Qu'advez estât en tostas citas, Viallas, reaulmes, communaultas, Ghasteaux, batbeaux, et aucuns viages , Vous vous sèz trouba aux vialages. Car certas yo vo y ay trouba, Mas vous ne me vezias pas : A Gerzat, Seyrat, Romanhat, A Saint-Sadourny et Panhat, A Royat, Beaumont et à Vie ; De vous voulio donnar d*ung pic. Se aguesse pogut, vrayment ; Mas yo vèze, par mon serment, Qu'yo damouraray en vous d'eulx*. * Seigneur, par ma foi, Malleguôpe on m'appelle. Mais qui ôtes-vous, pour que Je me rende à vous? Dites, Seigneur, s'il vous plaitP s Vraiment T Certes je suis donc bien tombée I — 77 MALLEBBC Mallegeype, quant estre ad nous, Bien le voulons, par mon serment ; Au moins, dis-nous sincèrement De quoy lu serviras en cours. ICALLEOEYPfi Yo faray be chaufar los fours Par coyre lou po que mangas, Quant par trahir las gens fiactas, Cougios portaray, e maulvis, 6ri£fons, faucons et tarcellis, Et tous ouseaux que Ton voudra. En vouvant yo los prene de ma ma. Vezèz-vous aquesta galoye*, Yo Tay pourtada de Savoy e , De Lombardie etd'Ytalhe, Par nous gardar de payar taUie. Yo crège qu'ay pardut mon temps, Car trop courront de mouvas vens . D*autre8 fois je vous ai vus ^ou bien vous m'avez vue ) A la cour de Rome et en France, En Savoie, Bourgogne, Provence, Et, certes, par tout le monde. Aussi, Seigneur, je me rends à vous Qui avez été en toutes cités, Villes, royaumes, communautés, Gh&teaux, bateaux, et quelquefois Vous vous êtes trouvés au village , Car, certes, je vous y ai rencontrés ; Mais vous ne me voyiez pas : A Gerzat, Seyrat, Romagnat, A Saint-Saturnin et Panhat, A Royat. Beaumont et à Vic; Je voulais vous donner d'un pic, Si j'avais pu, vraiment ; Mais je vois, sur ma parole, Que je vais demeurer avec vous deux. * < Galoie > s'est conservé dans le patois trivial, sous la signification d'imbécile : — peut-être est-ce une oie plutôt qu'une cigogne. — 78 -. Yo porte eyche d*au peysso Et venaso qu'es de sazo; Lëbres y ay, renars, conniU, Que l'on pré hé sen aveir chis ; Far lous percureires porte brasmas *. Par lous ayoucats de la carpas ; Gendarmas voulont lous seignhours, Maquerels mangen los flaitadours, Troutas et perchas lous gentilhoms . La Hyese ame lous saumons; De ravas ay prou per lous paubres . Or digas : que disèz-vous autres ; Ne vous servirai yo pas de prou*. * Proprement, des blagues; brama veut dire appeler, crier, parler bien fort ou beaucoup. * Je ferai bien chauffer les fours Pour cuire le pain que vous mangez. Quant pour trahir les gens... Je porterai coucous et milans, Griffons, faucons et tiercelets Et tous oiseaux que l'on voudra. Au vol je les prends avec la main. Voyez-vous cette cigogne ? Je l'ai portée de Savoie, De Lombardie et d'Italie, Pour nous dispenser de payer la taille. Je crois que j'ai perdu mon temps, Car il court trop de mauvais vents. Je porto ici du poisson Et du gibier qui sont de saison ; Lièvresque j'ai là, renards, lapins, Que l'on prend bien sans chiens ; Pour les procureurs, je porte des paroles •, Des carpes pour les avocats; Les seigneurs veulent des gens d'armes ; Les courtisans maugent du maquereau, Les gentilhommes des truites et des perches, L'Eglise aime les saumons ; J'ai assez de; raves pour les pauvres. Or, dites, qu'en pensez-vous? Ne vous servirai-j(? pus assez? — 79 Après ce discours, Mallegorge et Maubec trouvent la bête digne d'être des leurs. « Tout temps seras notre ami )),lui disent-ils, et ils remmènent avec eux. Ces vers sont un des plus curieux ouvrages d'esprit de notre littérature patoise. Dulaure, si peu avare de sa peine, habituellement, aurait bien dû chercher à qui on les devait, ou laisser une indication pouvant aider à le chercher après lui. Le nom de leur auteur aurait son rang entre Merlin Coccaie et Rabelais. On sent un poète macaronique, et peut- être plus d'une autre pièce analogue est sortie de sa plume. A cette satire acérée on a peine à reconnaître l'œuvre d'un Auvergnat. Cependani elle est écrite en limamien, et par quelqu'un qui se plaît à énumérer les lieux environnant Cler- mont. Par sa date, elle appartient aux commencements de cette littérature des temps d'oppression, qui se fait bouffonne pour avoir le droit de tout dire et celui de braver les puis- sants qu'elle maltraite. — Que Ton se figure l'effet d'une pa- reille scène devant une assistance qui se reconnaît sous cha- que personnage I Les traqueurs sont des valets dont Figaro n'aurait pas ré- pudié l'héritage. Il faut voir comme ils arrangent leurs maîtres, les hauts seigneurs de tous les pays, dans des vers que j'ai dû omettre pour ne pas tout citer; vauriens et corrompus, ils se moquent d'eux tout en les servant, chassant sans remords tout le gibier dont vit la féodalité, ces pauvres bêtes d'hommes qu'elle pressure; et, comme elles ne savent pas se défendre, ils rient d'elles et semblent les poursuivre par mépris. La bête, c'est le peuple, le peuple d'Auvergne par occasion, au réel le peuple de tous pays. Elle reconnaît bien les traqueurs ; elle les a vus partout, u en totas citas, viallas, réanimes, per très- tout le monde. » Humblement elle confesse sa faiblesse et sa couardise pour avoir grâce près d'eux, puis elle se rattrape par l'astuce. Elle les flatte ; après, elle parle comme eux. Ces maîtres qu'elle ne sait pas vaincre, elle sait si bien les trom- per en donnant à chacun ce qui le prend ! Elle est donc digne d'aller avec eux, et ils l'admettent à les suivre. Pour n'avoir ni Tampleur, ni l'étendue, ni la portée de mTopus )hacaronium » de Folengo ou de Pantagruel, il me sem- - 80 — ble que cette courte scène en a Tesprit satirique. Elle est d'un siècle en avant sur le drame dans lequel elle se trouve enchâs- sée . 1477 ! c'était le règne de Louis XL La noblesse était au ban, le Tiers tirait sur elle. L'ACADÉMIE PAT0I8E DES XVII» ET XVIIl» SIÈCLES On tombe d'assez haut quand on descend de ce fragment aux œuvres des quelques hommes dont j'ai déjà fait mention comme ayant cherché à distraire leur oisiveté en composant des vers patois. Quelques-uns d'entre eux en eurent la pas- sion véritable. Ils écrivirent sur les imaginaires qualités de la littérature de leur province ce qu'ils auraient pu écrire des lettres françaises. II? rêvèrent même le projet d'une académie destinée à conserver et à polir le limanien ; elle devait faire de Clermont l'Athènes patoise. L'abbé Tailhandier, entre autres, eut cette innocente con- ception. Dans son enthousiasme, il essaya de donner un corps au parler auvergnat. Il réunit pour cela nombre de pièces dont nous citerons quelques-unes. A la vérité, son Académie ne devait être instituée qu'aux « calendes grecques », et lui-même s'est amusé de cette idée dans des « Réflexions crUico-palinodi- ques » dont il fit suivre sa proposition *. Il ne faut prendre au sérieux cette proposition que pour donner un nom à la pléiade qui se servit, i) y a une centaine d'années, de l'idiome limanien, afin de traduire ses pensées poétiques, en général assez vul- gaires . En tout cas, ces ecclésiastiques désœuvrés se réunissaient pour composer, lire ou chanter des pièces patoises. Ils s'écri- vaient les uns aux autres des épîtres versifiées dans cette lan- gue ; ils dissertaient sur ses tours, ses expressions, ainsi que ^Le mss. où elle est formulée a été appelé c Thésaurus linguœ lima- nicœ», par son auteur, et « Limanici idiomatis Vindiciœ r» par Tabbô Ghampflour, pour lequel Tailhandier en avait fait une copie II existe à la bibliothèque de Clermont sous le ï)remier de ces titres. L*abbé Tailhan- dier donne à son éloge du limanien ce titre drolatique : Essay d'un dis- oours à prononcer devant MM. les Conservateurs et Polisseurs du langage limagnien ou Umagnois (comme il vous plaira), dans la célèbre Aca- iémie qui doit être (armée pour ce grand dessein, aux calendes grecques. 6 — 82 - des académiciens véritables. On va connaître les plas mar- quants d'entre eux, et Ton verra que celui qui célébra leur gloire et voulut la consacrer par son recueil est, de tous, celui qui a le moins composé ; je ne connais aucune poésie de Fabbé Tailhandier. Les frères Laborieux. — Le chanoine et vicaire général Laborieux, mort en 1689, ainsi que son frère, simple bourgeois de Clermont, sont les premiers de cette pléiade. Il reste d'eux une Paraphrase des sept psaumes de la Pénitence, où chaque verset latin se trouve délayé dans une strophe de dix vers de sept à neuf pieds ; — deux petits poèmes sur les Vendanges et sur le Travail des vignes et l'usage du vin, — un Noël sur les Grands Jours de 466S*. Ces dernières pièces sont plus particu- lièrement attribuées au bourgeois de Clermont. Les frères Pastourel. — Joseph et Gabriel Pastourelou Pa- turel. Le premier mourut chantre de l'église de Mont-Ferrand en 1676, tandis que l'autre alla finir sa vie dans la charge de gentilhomme ordinaire du duc de Savoie. Ils ont laissé l'un et l'autre beaucoup de vers. Il paraît qu'on doit leur attribuer une paraphrase patoise du troisième livre de l'Imitation de JésuS'Christf de Interna Consolatione. C'est Joseph, sans doute, qui en fut l'auteur, son frère n'ayant jamais composé que des vers légers ou badins et ayant mené une existence assez éloignée de la lecture de V Imitation. Cette paraphrase est, comme le poëme de Laborieux, en strophe de dix vers pour chaque verset ; elle existe manu- scrite en un cahier in-I2. Joseph a écrit, en outre, sous le titre C Home counten, une imitation de la deuxième épode d'Ho- race, tandis que Gabriel travestissait en auvergnat les cent quarante premiers vers du quatrième livre de VEncide. Ce dernier a écrit de plus un noël et diverses petites pièces dont le tour ne manque pas d'une certaine grâce •. * Mss. Tailhandier.— Le Noël des Grands Jours a été imprimé dans un recueil in-12, chez Jacquard, à Clermont ( Bibliothèque de la ville, 21 , D. 12.) • Mss. Tailhandier, art. Pastodrbl. — Poésies auvergnates de M. Jo- seph Pastourel ; in- 12, 1733 ; Riom, chez Thomas. François Pesant, Cosson, etc. — Avant eux, François Pe- sant avait écrit un grand nombre de noëls auxquels sont em- pruntés plusieurs des fragments cités plus haut ; il avait été imité par Cosson, Alacis et le curé Bourg ^ . François Perdrix. — Il existe un poëme d'une centaine de vers, dû à Perdrix : la Terrasse de la place Champeiœ. C'est la description du paysage qui s'offrait de l'une des places de Clermont. Dans sa Notice sur t Auvergne, Délabre en a cité quelques fragments. Amable Faucon. — Plus récemment, presque dans notre siècle, Amable Faucon (deRiom) publia: la Henriade de Voltaire y mise en vers burlesques auvergnats, imités de ceux de la Henriade travestie de Marivaux; il fit aussi un conte imité de Grécourt, ayant pour titre: les Perdrix, Les poésies de Faucon sont, à mon sens, supérieures à toutes celles des autres académiciens du cercle Tailhandier. Il exer- çait à Riom la profession de chapelier ; mais, comme il y a longtemps que la poésie ne nourrit qu'un petit nombre de ses adeptes, la boutique du poëte riomois étant restée sans chalands, il fut obligé de se faire cantonnier pour vivre. Il mourut misérablement en 1808. On ne saurait, toutefois, donner qu'un rang assez secon- daire à toutes ces compositions patoises. Elles manquent des premières conditions de toute littérature, l'originalité. A peu d'exceptions près, ce sont des pastiches. Pour ceux qui les écrivirent, le patois a été une langue d'emprunt ; ils les ont pensées en français. Ils n'avaient ni les idées, ni le tour d'es- prit de ceux dont ils prenaient le langage, ou ils ne les eurent qu'à un degré insuffisant pour donner à leurs œuvres une vie réelle. Ils écrivirent aussi leur idiome sans règles d'or- thographe et sans craindre de défigurer les mots. Ces pièces portent elles - mêmes la preuve de ce défaut d'originalité, puisque, pour la plupart, ce ne furent que des imitations et des traductions. En outre, les idées y sont dépourvues de relief ou trop communes, quelquefois presque grossières, et il y a ' Voir le recueil in-12 ci-dessus cité. — 84 — trop peu de trait. C'est à leur sujet que notre abbé aurait eu raison de dire qu'à force de chercher à reproduire fidèlement les sentiments du peuple campagnard, on Ta fait trivial, « vi- lain et maussade à Texcès », lui d'ordinaire si original dans les choses d'imagination. Voyez les deux morceaux sérieux, les paraphrases des Psaumes et de Y Imitation. D'une part, rien est-il moins dans les allures populaires que la paraphrase, en dix yers, de versets d'une ou de deux lignes ? Une traduction marquée de l'originalité patoise eût été brève, plus concise peut-être que le texte latin ; chez les gens du peuple, la tendance est toujours d'abréger D'autre part, il n'y a, le plus souvent, rien moins que de l'élévation dans ces idées explétives, et elles montrent une notable absence de délicatesse dans l'ex- pression. Par exemple, voici comment Laborieux rend ce verset du psaume 50 : a Amplius lava me ab iniquitate meâ, et à peccato meo munda me » .* Boutas mon arm'a la bughada, Scrvas-vou de vostre lisciau Que rend nete le pus viciau Et sa counsciença soulageada Ne me la refusez jamoué, Mas lavas-me de moue en moue D'un grand bourdij^ei que se cacha Trop souvent ei found de mon cor. Sen lei laissa la moindra tracha Que peusche un jour me foiiére tort^ Les strophes du même goût sont nombreuses ; les moins mauvaises ont le défaut de délayer un texte qu'on admire * Mettez mon âme à la lescivo, Servez-vous de votre lesdf Qui rend net le plus vicieux Et sa conscience soulagée. Ne me le refusez jamais, Mais lavez-moi de plus en plus D'un grand bourbier qui se cache Trop souvent au fond do mon cœur, Sans en laisser la moindre traco Qui puisse un jour me faire tort. — 85 - justement pour sa simplicité, et de faire entièrement dispa- raître la poésie biblique d*où il tire sa beauté. L*une des plus convenables me paraît être celle de l'antienne, et en- core Ton va voir tout ce qu'elle fait perdre à la traduction latine elle-même ( Domine, memor esto met, et ne .vindictam suman de peccatis meis, neque remintscaris deltcta mea, vel pa- rentûm meorum ) : Aublidas, Seignour, mon auffensa Amoué que la de maus parens; Jhamoué re pus nous ne farens Gountra voira justa défensa. Pas un de nous n'ei innoucen, Parduna-nous tant que nous sen ; Regardas de bon œu notr*arma, Tant n'en sias vous mau satisfoué : Ne prenias vengença de narma, D'aus peicbas que nous aven foué *. Il faut parler à peu près de même de la Paraphrase de f Imi- tation. On y trouve cependant un peu moins de choses tri- viales. En voici une strophe prise au hasard : (Fecisti, ultra )) omnem spem, misericordiam cum servo tua; et ultra omne meri- )) tum, gratiam et amicitiam exhihuisii, » Liv. III, ch. x, vers. 2, §3): Yo ne deviau jamoué m*attendre De recebre de mon Séniour Tan de bonhur et tan d'amour, Et n'y poudio guère prétendre . Mon mérite est trop petit > Oubliez, Seigneur, mon offense Ainsi que celle de mes parents ; Jamais rien plus nous ne ferons Contre votre juste défense. Pas un de nous n'est innocent , Pardonnez-nous tant que nous sommes ; Regardez de bon coeur notre âme Tant en soyez-vous mai content : Ne prenez vengeance d'aucun Des péchés que nous avons faits. — 86 — Par me releva jusqu'aty. En bei cou votre amour accorde La gracia de tou mau deigaley, Et Toué grande miséricorde Au moindre de tou sau valey ^ . C'est du patois très-abâtardi, si cela en est, et encore n*a-t-il nullement le mérite de reproduire la pensée du texte. Il y a loin, je le suppose, de ces vers aux traductions en langage gallique que, dès les premiers siècles du christianisme et jus- qu'au XIIP ou X1V«, les plus humbles moines, le pasteur le moins éclairé, faisaient sans doute des livres saints i Les in- structions patoises que prononcent encore, dans les chaires des montagnes, quelques vieux curés sans instruction, mais qui ont conservé Toriginalité et l'esprit du paysan, ont bien autrement de mérite. Si de ces poésies, qu'il faut appeler sérieuses, on passe à V Homme counten de Pastourel et à son Enéide travestie, on ne trouve pas beaucoup plus à louer, leur pardonnât-on le défaut d'être écrits dans le moins agréable ou le plus déformé des par- 1ers auvergnats, le limanien, qui leur donne quelque chose de lourd et de gauche, incompatible avec la délicatesse poétique, ou jurant même avec leur tour ou leur rhythme, parfois heu- reux. U Homme counten est un éloge épicurien de la vie cham* pêtre. Imitant un poëte provençal, l'auteur chante le sans- souci qu'étale le bourgeois de campagne, pensant beaucoup à lui et peu aux autres, ne voyant pas au delà de sa maison, de ses champs, de ses bœufs, et se trouvant heureux a de teny la quoua de sa padella » (de tenir la queue de sa poêle). Cette pièce, formée de strophes en trois vers de douze pieds 1 Je ne devais jamais m'attendre A recevoir de mon Seigneur Tant de bonheur et tant d'amour ; Et je n*y pouvais guère prétendre. Mon mérite est trop petit Pour m'élever jusque-là. Avec cela votre amour accorde La grâce de tous maux ôter, Et de faire grande miséricorde Au moindre de ses serviteurs. — 87 — et un de six, est généralement médiocre, pleine de remplis- sages, de lieux communs, et elle indique peu d*entente de la composition. Cependant quelques vers dénotent une certaine grâce chez le poëte et quelque sentiment de la poésie des champs. En voici dans lesquels on pressent que le parler au- vergnat, même le moins flatteur pour Toreille, se plierait aux délicatesses de la poésie légère: Qu'au plasei d'eicouta marmouta dins la prade , Entre de petits rocs, la cliareta naïade Se plenghe d*aus cailloux que ly fazon l'afifrount De ly rida le frount ! Quo ne charmario pas una tau soulitude? Ente laus auzelous disputon embei Taura Que foué milla fredons par lasinia la floura, Qu'en revencha d'aquou, touta piena d'amour, Ly foué un leit de fleurs * ? IS Homme counten a pourtant un mérite qui était surtout appréciable dans le temps où il fut écrit. Célébrant le bon- heur du propriétaire campagnard, il répondait à des senti- ments qui avaient alors un grand prix ; car n'était pas proprié- taire qui voulait. C'avait été longtemps comme le monopole d'une seule classe ; la bourgeoisie commençait à en jouir aussi et s'en faisait un idéal. Les vers de Pastourel ont dû à cela la meilleure part de leur succès. Quant à Y Enéide travestie, elle est à coup sûr le recueil des idées les moins délicates et des comparaisons les plus triviales * Quel plaisir d'écouter murmurer dans la prairie, Entre de petits rochers, la clairette naïade Se plaindre des cailloux qui lui font Tofifense De lui rider le front 1 Qui ne charmerait pas une telle solitude t Où les oiseaux se disputent avec le zéphyr, Lequel fait mille fredonnements pour caresser la fleur, Qui, en revanche, toute pleine d'amour, Lui fait un lit de ses feuilles? - 88 — que Ton puisse trouver. Ainsi, Didon est • pleine d'amour jus- qu'au bondon » ; son cœur, en parlant, s'écoule par ses yeux « comme de dessous un pressoir » ; Enée a le visage lisse comme un chausse-pied. Les vers coulent assez bien ; mais, à part quelques traits d'esprit, les pensées les moins relevées en sont tout le fond, et l'auteur, en se donnant beaucoup de peine pour rencontrer la naïveté, n'a le plus souvent atteint qu'un mauvais goût de paysan. —Parmi les moins mauvais de ces vers, je trouve ceux-ci, et la vulgarité n'en est pas ab- sente : Anna, ma sor, ghenta sor Anna. Yo z*ai quoqua re que me sanna : Deipeu qu'Enée cèz ei vengut, Yau n'ei ny mangha ni begut; Maus œus fazoun la sentinella, Yau n'ai ghis sarra la prunelle. Et mon paghe, que chante be, A beau veny prè de mon chabe Dire som ! som ! sant Jouan ! sant Anna ! Que raoure me derviU'et me damna * . De beaucoup préférable est la Henriade travestie, de Faucon. Pas plus que V Enéide, elle n'offre de la poésie patoise vraiment originale ; du moins montre-t-elle un tour plus vif, une allure plus naturelle, quoique le prétentieux et parfois le grossier n'y fassent pas défaut. Et puis, c'est un poëme complet, en dix chants, et l'effort de l'imagination et de la verve y est soutenu. L'auteur est même souvent heureux et place, aussi 1 Anne, ma sœur, gentille sœur Anne, J'ai quelque chose qui me saigne. Depuis qu'Enée est ici venu, Je n*ai ni mangé ni bu. Mes yeux font la sentinelle, Je n'ai pas fermé la prunelle, Et mon page, qui chante bien, A beau venir à mon chevet Dire som ! som ! saint Jean 1 sainte Anne ! Ce visage me tient éveillé et me damne. 1- 89 ^ bien qu'on le pouvait faire dans un pastiche, les grosses facé- ties patoises. Les vers, qui sont de neuf pieds, ont une coupe facile, un mouvement rapide et égal. Faucon commence ainsi son poëme : Yo chante que reyau grand nas, .^'i. Ghi boun efanl et chi gaillas, '^'^' Qu'eirot le mouaitre de la Franco ; Que de Mayenne, le gros porc, Faguet souvent schusa le corps; Que châtiet TEspagne et la Licfuo Et a treitous faguet la niquo ^ Plus loin, il représente saint Louis veillant sur son petit-fils : Dins que temps, moucheu sant Louis, Par un partù d'au paradis Gardiavot bei son télescope, Que vaut mei que le microscope. A vegeot sei petits efans Tos dous éparis pa lo champs. Valois ne le fdchavo guère Parce qu*a n'eirot mas mouvas frcire ; A ?abiot qu*aquou* eirot un fadas Que chiyo preis au traquenas; Mas notre Bourbon, au grand nas, Y le counicho boun soudas. Y l'amavo de tout son cœur, Et l'y souhaita vo do bounheur ; I Je chante ce roi au grand nez, Si bon enfant et si gaillard, Qui était le maître de la BYance ; Qui de Mayenne, le gros porc, Fit souvent suer le corps ; Qui châtia l'Espagne et la Ligue Et à tous trois fit la nique. - 90 — Mas ly fachavo qu*a la messo Y ne nessot ni en confesso ^ Le conte des Perdrix a une valeur qui efface singulièrement le peu qu'on en trouve dans V Homme counten. Faucon s'est vraiment ici fait paysan limanien. Idées, mots, action, sen- timents, presque tout y est exact; si cette pièce n'offrait pas aussi une imitation française, je dirais que c'est la pièce la meilleure de notre littérature patoise modernel Le conte dé- bute par ce récit de très-bonne tournure : Autour de Malintrat demourav' un paizan Que le mati sourtet par na veir sos champs Coiimbaut qu'où' erot soun nou ; billiau à Teirot freire Da que que nos pelavens Annet le Tabazeire. Un laire parseiUot un troupet de padrix ; Douas se nettount reicondre dedins qu'un eibaupi: Notre gaillas las gaittot, et d'in un ou doux sauts A travers do chibiot, trapoles douxogeaux: Yo vous tene, mas miyas, bey yo vous dinarés ; Et, sens perdre de temps, se boutt* à las plumer, Quand a l'aguet bouta que paubre beitio nud, Que le temps Ty duravot d'être chez se vingut ! Jacquelino, ma fenno, dicet ly en rigeant, 1 Dans ce temps, monsieur saint Louis, Par un trou du paradis, Regardait avec son télescope, Qui vaut mieux que le microscope. Il avisa ses petits enfants, Tous deux perdus dans les champs. Valois ne Tinquiétait guère, Parce qu'il n'était que mauvais frère ; Il savait que c'était un imbécile Qui serait pris au traquenard ; Mais notre Bourbon au grand nez, Il le connaissait bon soldat. Il l'aimait de tout son cœur Et lui souhaitait du bonheur; II était fâché, seulement, qu'à la messe Il n'allât, ni à confesse. — 91 — Vegeo ce que yo-z'ai preit en reveniant dos champs. Boutto z'ot à la brocho, et facho z'ot bien coueîre ; Quou chirot be millou que d'où bouter au doueire. Yo vaut, en attendant que to faras rôti, Chez Moucheu le Cura, Te prier de veni * . La femme dépêche, approprie la maison et pose la broche devant un grand feu. — Le gibier gouttait, et elle tâtait sou- vent. Par malheur, en débrochant, « autour de Vhate rCenrestet uno pet » (autour du fer il en resta une peau). — Que c'est bon ! Quel goût fin ! a Jamets yo me teindrai d'en mangea un mourcet n (jamais je ne me tiendrai d'en manger un mor- ceau.) Elle tire un peu la patte, la cuisse se détache; elle goûte, goûte encore, et toujours, si bien que, « à força de ta- ter, lia chabet le fricot » ( elle finit le fricot ). Comment faire pour apaiser Combaud ? — Le chat a mangé le rôti. — Qu'appelles- tu le chat ? — Non, ne te fâche pas ; tout est là, bien chaud. — Le curé va venir, il faut dresser la ta- ble, sortir le plus beau linge ; nous nous établirons dans le fond du jardin ; nous babillerons bien; tu chanteras une chan- son. — Pour couper le chanteau, va aiguiser ton couteau. ^ Autour de Malintrat demeurait un paysan Qui le matin sortit pour aller voir ses champs. Combaud était son nom; peut-être il était frère De celui qu'on appelait Annet le Tapageur. Un épervier poursuivait une bande de perdrix ; Deux allèrent se cacher dans un buisson d'épine : Notre gaillard les guette, et, en un ou deux sauts A travers des broussailles, attrape les oiseaux: Je vous tiens, mes amies ; avec moi dînerez ; Et, sans perdre de temps, se met à les plumer. Quant il eut mis ces pauvres bêtes nues, Que le temps lui durait d'être chez lui revenu ! Jacqueline, ma femme, lui dit-il en riant. Vois ce que j*ai pris en revenant des champs. Mets cela à la broche et fais-le bien cuire ; Ce sera bien meilleur que de le mettre au pot. Je vais, pendant que tu le feras rôtir. Chez Monsieur le Curé, l'inviter à venir. - 92 ' A descent dins la cour, bouUot casaqu'à bas ; Sa molTeirot mountado au-dossoubro un sabot Que sciibrp oille goutavot et iiavot got à got. Par manier inio molloaquo 'eirot an pelari Capable de déifier tous les gaignopetit; Quô ero un plazei de veiro de quo façon li anavo, Et couino sous sos deis le fiot eitincellavo*. M. le Curé arrive. Fuyez, si vous m'en croyez, lui dit vite Jacqueline ; mon mari a contre vous de mauvais desseins. Il est jaloux, et, pour vous couper les deux oreilles, voyez-le qui essaye son couteau. — A ces mots, le pasteur détourner la figure du côté de chez lui : « do cota de chez se a vira le devan, » Coumband, moun ami, s'eicredet Jacquelino, Notre brave cura z'ot voueida la eugino; Am'ot dit que chez se à l'ayot dos amis, Qu'érount mieux faits que te par mangea las perdrix : »< Est-ce qu'un padranx est fait pour un cheti paizant? « Pour manger ces mourceaux? c'est pour lui trop friand.» Après m'aver dit quou, a-l'ot preis las ganteiras 2. Vite, cours après si tu en veux tâter. - Gombaud s'élance : •— Coquin, voleur, larron curé de Malintrat ; je les aurai toutes deux, dussé-je être écorché. Enfermé chez lui à triples verroux, le curé se cachait dans * Il descend dans la cour, met sa casaque ù bas; Sa meule était montée au-dessous d*un sabot Qui sur elle gouttait et allait goutte à goutte. Pour manier une meule, c'était un pèlerin Capable de défier tous les gagne-petit ; C'était plaisir de voir de quelle façon elle allait Et comme, sous ses doigts, le feu étincelait. 2 Gombaud, mon ami, s'écrie Jacqueline, Notre brave curé a vidé la cuisine ; Il m'a dit que, chez lui, il avait des amis Qui étafent mieux faits que toi pour manger les perdrix Après m'avoir dit cela, il a pris les coursières. ~ 93 — un coin du grenier. Tout tremblant, il entr'ouvre un volet et •Toit Combaud faisant effort pour enfoncer sa porte. — Que me veux-tu, coquin? — Ce que je veux? Je les veux toutes deux. — Tu es un malheureux ; tu n'en auras aucune. — Eh bien! composons; donne-m'en une, ou je casse la porte. — Le bon curé criait, mort de frayeur: Mon Dieu, faites mer- veille. Saint Jacque, moun patron, sauvas me mas orillas ! la couliquo le pre, a l'ayot la venetto; Au qnarrc do grenic a lachet l'aiguilleto K Coumbaïul n'entend re pus : billiau quel homme est mort ^ ! Et vite il s'en retourne. — Ah ! si j'avais pensé voir un pareil tour, je ne me serais pas levé une heure avant le jour. — En attendant, Jacqueline avait fait un repas de reine. La morale c'est : Qu'où faut toujours sauva la proumoiro couleiro ^. Faucon a visiblement rencontré là le naturel et la forme po- pulaires. Un paysan poëte n'aurait guère mieux fait. Les pièces dont j'ai parlé avant la sienne sont Tœuvre de personnes s'exer- çant à traduire en patois des idées et des tours nés en langue française. Faucon n'a vraiment emprunté que le moule à la littérature cultivée, et le moule qui convient juste au génie rustique, essentiellement narrateur, en sorte que l'imitation disparaît sous de> détails empreints du meilleur cachet d'ori- ginalité. Auteurs patois récents. — Ce rai-e mérite de vérité a été récemment atteint par deux auteurs, dont l'un a écrit dans le parler des montagnes de l'Ouest et l'autre dans celui de la * Autrefois la braiedu costume paysan ne tenait que par une aiguil- lette ou une cheville Je bois, qui venait réunir à la ceinture les deux côtés du vôtoment. 2 Saint Jacqu '8, mon patron, sauvez-moi mes oreilles ! La colique !•) prend, il avait la vénette: Dans un coi:i du grenier il lâcln l'aiguillette. Combaud n'entend plus rien : peut-être cet homme est mort! ^ Qu'il faut toujours éviter la première colère. — 94 — Limagne. Le premier est un ancien juge de paix de Gelles, M. Roy; le second, M. Ravel, habitant de Clermont. L'honneur d'avoir écrit quelque chose qui est tout à fait dans le sentiment et dans le langage des classes qui ne parlent guère que patois me paraît appartenir incontestablement au premier*. Dans un opuscule en prose sur le Cadastre et dans une pièce versifiée sur le Tirage au sort, le paysan apparaît sous une pureté de traits et une exactitude d'expression très- grandes, et l'auteur a bien pris l'idée de ses compositions dans la vie habituelle du cultivateur. Un dialogue entre le maire et le premier venu, à propos des géomètres du cadastre ; une conversation entre des paysans sur les moyens de s'assurer le sort lors du tirage, voilà ses sujets. Il n'y a rien là qui n'appartienne essentiellement au paysan ; et, à l'opposé de la plupart des autres écrivains patois, les termes et les allures vraies lui viennent avec la plus complète aisance. M. Ravel, lui, a emprunté la forme de son poëme principal, la Paysade, aux littératures cultivées, et, comme nos « acadé* miciens » patois, il a imité ou travesti dans ses autres pièces des pièces françaises. Sauf cela, la pensée et l'expression sont chez lui toutes patoises. La Paysade, une sorte d'épopée po- litique, a pour sujet ce fait qu'en 1814, la duchesse d'An- goulème passant en Auvergne, des paysans de Montferrand dételèrent les chevaux de sa voiture et la conduisirent à bras jusqu'au milieu de Clermont. Sur ce fond, M. Ravel a fait quatre chants épiques, en vers alexandrins. Il y montre, avec la parfaite connaissance de l'esprit et du langage paysans, beaucoup d'originalité et de gaieté ; la promptitude du trait, la variété de la forme, le vrai et le pittoresque de l'expression, animent son récit. Je ne cite rien ici de ces deux poètes patois modernes ; il me faudrait trop de place. Mais voici deux petites pièces un peu antérieures, dont l'auteur fut M. de Murât, dont j'ai indi- qué plus haut les études sur le patois. 11 a placé l'une dans un roman assez inconnu, qui date de 1804, le Berger de VArveme; ^ Recueil de petits opuscules en patois auvergnat; in^*, 184t. Ohe2 Veysset, à Cllermont-Ferrand. - 95 ~ si une romance pour laquelle il avait fait un air* Le jet y nque un peu ; mais elle n'est pas sans grâce et elle ne sent 5 trop la traduction. Levas-vous touteis, eis aoutr' auro, Jouveis et tendres pastourels, Et vous ta bei jonto pastouro ! Venes gitta vostreis troupels. La neutfugt, las esiiolos baissount, Les ouzelous chontount l'amour; De boun mati leis moutoiins paissount, Et sercount l'oumbr' al cor del jour. Proufitaz d*ella matinado : imitaz lou merle et lou tourd, Que faount Tamour sur la rousado Et se caressount neut et jour. Venes, bellas pastoureleitos, Quasd'uno emmei vostre pastour; Venes, queillirins las flouretos ¥a respirarins la frescliour. A queist ser, per vous distraire!, Sur l'herbeto venes dansa ; Et per paga lou muzetairei, Pastouros, lou cour' embrassa*. * Levez-vous tous, c'est Taurore, Jeunes et tendres bergers, Et vous, si gentilles bergères 1 Venez garder vos troupeaux . La nuit s'en va, les étoiles baissent. Les petits oiseaux chantent l'amour; De bon matin les moutons paissent ; Ils cherchent l'ombre au fort du jour. Profitez de la matinée: Imitez le merle et le tourd, Qui font l'amour sur la rosée Et se caressent nuit et jour. Ven(3z, belles bergerettes, Chacune avec votre berger ; — 96 — L'autre pièce est une imitation des jolis vers d'Arnault : la Feuille d'automne, sous ce titre : la Fleur de genêt. Elle a cer- tainement beaucoup plus de mérite que les imitations de La- borieux et des Pastourel. LAFLOUB DE PEINO Dci ta ligo distacliado, Paouro flour abandounado, Oun bas-ru ?MVin vau mouri. Lou teins ot hreisat la poino Que ni'avio faito flouri : D'eisimpeu, de soun agueino Lou tarriblei venLd'anioun Mati *s et soi* me pourmeino Dei la counih' à la varoino Dei al Pion al pey Doundoun. Vaou d acoun vot tut lou moundoi. Son rcigret. son 's avor pour, Oun vont la hrun' ot la hloundei, Lou Reijlou pastr'et lou Seigneur* Venez, nous cueillerons les fleurettps Et resi)irerons la fraîcheur. Ce soir, pour vous distraire, Sur l'herbeite venez dansi*r ; Ht pour payer le muzellaire, Bergères, il faudra l'embrasser LA FLEDB DK GENET * De la tige détachée, Pauvre fleur abandonnée, Où vas-tu *? Jo m'en vais mourir. Le temps a brisé le gcuèt Qui m'avait fait fleurir ; Depuis, de son haleine Lo terrible vent de là-haut Matin et soir me promène De la rolliuo à la plaiuo, Df'puis l<» Pion au ])uy Doudon • ^Ô7 - M. de Murat^ versé dans les parlers de la haute Auverg&e, pensait que la voyelle o était la désinence caractéristique de nos patois, parce que le sien remployait plus que Va. Il sou- tenait souvent des thèses dans ce sens, et il s'y est conformé dans ses vers. Son orthographe n'était pas non plus bien fixée. Mais ce sont là des détails qui importent peu pour apprécier le poëte. Ces deux petites pièces font quelque honneur à nos lettres patoises modernes. Je vais là où va tout le inonde, Sans regret, sans avoir peur, Où vont la brune et la blonde. Le roi, ie berger et. le seigneur. LITTÉRATURE ORALE Les Chants Ce qui précède fait assez voir que notre patois d'Auvergne a pu se plier à la poésie autant que les dialectes méridio- naux. L'identité du sentiment harmonique du langage dans ce dialecte et dans le français en ressort également. On a dû remarquer que la prosodie française n'avait pas d'autres rè- gles fondamentales que la poésie patoise, et que les différents rhjthmes admis par le génie de la langue cultivée convenaient aussi à ce langage d'autrefois. La littérature, seulement, lui a manqué : j'entends celle qui rend les manières d'être, de penser, de sentir, et qui peint au vrai les situations. Après tout, et eu égard à sa condition matérielle, le peuple de nos campagnes a-t-il pu avoir une autre littérature écrite que celle dont j'ai donné tout à l'heure des extraits ? Les seuls poètes capables de surgir dans son sein, ce sont les faiseurs de chants, dont les vers s'écrivent dans la mémoire et se conservent par la tradition. On dirait volontiers que la vraie littérature auvergnate est seulement orale : c'est celle que les laboureurs aux premières lueurs du jour, les bergers à la tombée du soir, chantent en pleine nature. Qui n'a entendu ces chants du labour, dont la phrase grave et lente monte doucement dans l'air? Au temps de la moisson ou des vendanges, qui n'a pas écoutù les joyeuses troupes des fem- mes entonnant, dans les plus hauts registres de la voix, leurs ballades sans fin, sortes de récits dialogues ou à refrain d'a- ventures imaginaires ? C'est là la littérature populaire véritable, celle qui n'emprunte pas aux littératures cultivées ses formes, ses mots, ses choses, et dans laquelle la vie, son objet, ses sensations, ses idées, ses désirs, sont compris, sont rendus, sont retracés, comme les éprouve le peuple des champs. Des espèces de charades ou d'énigmes versifiées qui se composent dans les veillées de village, les paroles des airs de danse, celle des chants du travail, constituent la littérature parlée de nos patois, littérature dans laquelle le sentiment des populations trouve son expression avec autrement de réalité que dans les pastiches des rimeurs lettrés. Les villages ont leurs poètes, compositeurs inconnus et igno- rants des droits d'auteur, dont les œuvres, confiées un soir à la mémoire, dans une veillée d'hiver, vont se répandant et s'établissent dans le .souvenir de chaque jeune homme et de chaque jeune fille. Il les ont eus de tout temps, et autrefois leur poésie n'ofi'rait guère de mélange avec les idées des vil- les. Isolé dans sa vie des champs, le paysan empruntait moins que maintenant aux autres classes leurs impressions et leurs façons d'être. Aussi faudrait-il distinguer, dans cette littéra- ture parlée ou chantée, celle qui date de loin et celle d'hier, la première ayant bien plus d'originalité native. Peut-être convient-il de considérer comme un reste de la littérature des troubadours les poésies chantées. Non pas qu'avant les troubadours il n'existât aucune poésie, mais la forme en fut probablement modifiée. Si l'on acceptait ce point de départ, il faudrait dire que les divers genres de la poésie « romane » se sont confondus, en Auvergne, en deux, qui sont la chanson et les motifs de danse (montagnardes ou bour- rées ). Nulle pièce patoise ne me paraît se rapporter à un au- tre genre Pastourelles oa Vachères (VASQUEYRAS) Le seul genre de la chanson qui se soit conservé pur est la pastourelle ou vachère. C'est un long dialogue entre une ber- gère et un berger ou un chevalier. Il n'y a point de localité qui n'ait au moins une de ces pas- tourelles en propre, quoiqu'elles roulent toutes sur le même fond et ne varient guère que dans des détails en rapport avec le caractère des habitants. Ces vasqueyras auvergnates retra- cent ordinairement l'amour d'un chevalier pour une bergère et les refus de celle-ci. Elles sont quelquefois dialoguées en français et en patois ; par exemple ces couplets, non sans finesse et sans grâce, d'un chant quK amusa mon enfance et où le chevalier, le monsieur pour mieux dire, se sert de la langue des messieurs : Bonjour, ma bergère. Deichas, Mousiu. Que fais- tu seulette Dans ce bois touffu ? Fiale ma iilousetle Gardant maus mautiis, Orne ma liouletra De cent mila flours *. ^ Adieu, Monsieur . Je file ma quenouille En gardant mes moutons, J'orne ma bouletto Décent mille fleurs. - 101 — Ton chien, belle ingrate, Plus humain que toi, Me suit et me flatte, Se tient près de moi. Z'o l'halena fina, Vous sent de croustous ; Per aquo se fer ta, Se tent près de vous *. t II a l'haleine fine, Il vous sent des croûtons ;  cause de cela il se frotte, Se tient près de vous. Chansons La chanson a absorbé en elle le poëme, le roman, le vers, la complainte, la tenson,la sirvente, Tépître des anciens trou- badours. Elle reproduit tous ces genres. Peut-être pourrait-on en distinguer la ballade, qui se reconnaîtrait à ses couplets sans nombre, ordinairement de chacun deux vers et un re- frain, et dont le dernier vers de chaque couplet sert de com- mencement au couplet qui suit. La chanson est tantôt un éloge, tantôt une narration, tan- tôt une prière, tantôt un dialogue, tantôt une satire; mais la complainte et le roman y dominent, car on y trouve presque sans cesse le récit de quelque aventure chimérique, d'un chi- mérique assez grossier, ou bien une longue histoire, soit dia- loguée, soit récitée, des amours, des rigueurs ou des trompe- ries d'une bergère. Par exemple, n'est-ce pas un vrai planh provençal, triste, lamentable comme ceux des troubadours, ce chant des environs de Thiers, où le poète, s'inspirant du motif qui a donné naissance à la chanson de Gaston Phœbus, prend presque le ton épique, convie toute la nature à entendre les accents de ses plaintes, dans une mélodie languissante, d'une harmonie singulière, et qui débute ainsi : Davalas, mountagnes ; Levas-vous, vallouns; Iscoutas ma plainta, Iscoutas mos chants. La iou, la iou ta ^ ? 1 Abaissez-vous, montagnes, Elevez- vous, vallons ; Ecoutez ma plainte, Eîcoutez mes chants. La iou, la iou ta. — 103 — Ghi guess' iino migo Que m'amesse pas, 1 prendrio de paillo La foyo bourla. Laiou, etc. Ghi guess' un' inmitiado *, Les chansons récitatives, partout assez ûombreuses, sont particulièrement les chants du travail. Vous les entendez monter des plaines, apportées par le vent du matin. Il en est de certaines qui , au sens du laboureur, possèdent la vertu d'encourager Fattelage. Celles-là s'appellent « la chanson du bouvier », et c'est lui, le bouvier chef, qui les dit, parce que sa voix est connue de toute Tétablée ; près de lui le maître lui- même laboure silencieux, d'ordinaire, et souvent les autres valets chantent pour leur compte, sans souci de l'accord, quelque autre pièce d'un caractère différent. La chanson du bouvier se compose assez habituellement d'une première idée, rendue en un ou deux vers qui se répè- tent; puis d'une seconde, conséquence ou suite de la première, et exprimée par deux ou quatre vers ; enfin d'un refrain sans paroles, toujours long et à reprises. Une série interminable de couplets se succèdent ainsi. Quelquefois même le chanteur, lancé, en ajoute de nouveaux qui, bientôt répandus, prennent rang sans conteste dans la chanson. Voici les premiers de la chanson du bouvier des montagnes de l'est, aux environs de VoUore. Chacun n'est composé que de deux vers, dont le pre- mier se dit deux fois, et d'un refrain traînant : Darré Tetoulio et dien lou bo, Darré Tetoulio et dien lou bo, * Si j'avais une mie Qui ne m'aim&l pas, Je prendrais de la paille, Je la ferais brûler. La ioû, etc< Si j'avais une inimitié. - 104 — Uno borgero s'egaiavot, Ohî Oh!.... 8*egaiavo toto la nou, S'egaiavo toto la nou, Le cort d'au jou la se posavot, OhlOhI... Barge ro, chi te volia m'ama, Bargero, chi te volia m'ama, Te fayo vioure de ma chasso, Oh! Oh!.... Por te oyo lou peis tiarous, Por te oyo lou peis tiarous, Quoqui cot la testo molhado, OhlOh!.... Moue quant lou Pion ^ devalariont. En dehors des moments où le soleil est dans son plus grand éclat, il n'j a guère d'heures du jour où la chanson ne frappe les échos de la campagne. Elle retentit surtout pendant le labourage ; bêtes et hommes s'animent d'elle ou sont soutenus par sa cadence, qui suit le pas des animaux. Le berger, au milieu des champs, la dit à pleine poitrine, comme s'il vou- lait peupler sa solitude. Mais aux fenaisons, à moissons, à vendanges, ce sont surtout les femmes qui la chantent ; les * Famille de montagnards très-rèdoutés autrefois. 2 Derrière les blés et dans les bois {bis} Une bergère s'amusait, Oh 1 Oh I Elle 8*amu8ait toute la nuit (bis) ; Le courant du jour elle se reposait, Ohl Ohl Bergère, si tu voulais m* aimer {bis), Je te ferais vivre de ma chasse, Oh î Oh ! Pour toi j'aurais les pieds boueux {bis)^ Quelquefois la tète mouillée, Ohl Ohl Et quand les Pions desœndraient — — 105 - hommes n'interviennent guère qu'au refrain. Leur tour, à eux, vient plus tard, quand la journée est finie, après le repas du soir. Réunis p^r bandes, on les voit qui parcourent les rues du village en jetant à la sonorité de la nuit, dans un unisson vibrant, les versets sans fin de la chanson en vogue; car, comme les arts civilisés, les arts vulgaires sont soumis à la mode, et chaque année a ses chants de préférence. Que de fois, dans les soirs calmes de l'arrière-saison, Ton s'est plu à écouter de loin ces chœurs qui envoyaient leurs longues tenues sur les tranquilles ailes de l'air ! Ils font penser à ces vaillants travailleurs de la journée finie, qui vont être encore ceux du lendemain, et à qui le labeur des champs ne donne, il semble, que plus d'entrain et de vigueur. Peu à peu les chants s'aflfaiblissent et s'éteignent ; on n'entend plus que les pas de quelque cavalier attardé, accompagné dans sa route par le jappememt des chiens de parc. Eux aussi, ils s'arrêtent, et l'astre de la nuit règne tout seul sur la nature endormie , dont les objets paraissent grandir sous sa vague clarté. Dans nos chansons patoises, on a bien peu d'occasions de voir que les beautés de cette nature soient senties par le peuple des champs, a Ils vivent au milieu du beau, a dit triste- )) ment l'auteur d'Indiana; ils le complètent, car ils sont beaux )) eux-mêmes, et ils ne savent ce que c'est ! La poésie émane » d'eux; elle est dans leur œuvre, dans leurs moindres atti » tudes, dans l'air qu'ils respirent; elle est dans tout leur être, » excepté dans leur intelligence ! » Est-ce vraiment défaut du sens poétique, etie paysan devrait-il chanter la nature avec plus d'enthousiasme que les poètes cultivés, parce qu'il fait en quelque sorte partie d'elle ? N'est-ce pas plutôt parce que toute sa vie se passe sur cette terre qu'il travaille, qu'il aime jusqu'au point de languir de nostalgie si on l'en sé- pare, qu'il ne l'apprécie pas? L'habitude en eflface pour lui les charmes. Il préfère chercher son idéal dans la vie qu'il n'a pas, dans l'existence des riches ou dans les sentiments qui sont le patrimoine commun, comme l'amour, ses joies, ses déboires. Nos chants patois n'ont guère d'autre fond. Dans quelques localités seulement, où il y a une tradition d'inimitié et de batailles avec d'autres villages, la chanson belliqueuse se rencontre ; les montagnes des environs de Thiers, où vi- — 106 — vaient jadis des familles redoutées qui venaient assaillir les autres, en ont dans ce genre, où Ton trouve l'énergie des pa- roles et du ton. Il reste aussi quelques chansons de l'époque des grandes guerres du premier Napoléon. Autrement, le ca- nevas de la plupart est un récit très- allongé, dans lequel ra- rement Tamour n'a pas la première place ; quand ce n'est pas l'amour, c'est la satire et le grivois. Ce genre grivois, à la vérité, est aussi cultivé seul. Il existe peu de localités qui ne possèdent pas un certain nombre de chansons de cette sorte. Parmi les satires patoises chantées, en voici une de Mont- ferrand; elle ne remonte guère qu'à un siècle, mais elle peut donner l'idée du goût et de la facture de ces pièces : LE BOUCHER DEVENU BAILLI Le Ghatelo de Saint-Amand N'ei mas juge deipeu un an; Yo foué la p roue é dura, Obe, Sou coutei à la centura, Vous m'entendez be. Yo-l'a vendu son acei A un bouchei de ves Mezei Una dimei pistola, Obe ; Q'ou'ei par chatta Barthola, Vous m'entendez be *. 1 Le Ghatelus de Saint-Amand N'est juge que depuis un an , [1 fait la procédure, Oui, Son couteau à la ceinture, Vous m'entendez bien. Il a vendu son acier (son couteau) A un boucher de Mezel Une demi-pistole, Oui; C'est pour acheter Barthole, Vous m'entendez bien. Montagnardes et Bourrées Les rondes et les danses de la poésie provençale me parais- sent s'être conservées en Auvergne sans altération. Les mon- tagnardes et les bourrées d'aujourd'hui n'ont paS, en eflfet, une forme différente. Je dis une forme, car le fond n'a jamais duré que quelques années; il est continuellement renouvelé. Chaque saison de veillées produit de nouvelles compositions pareilles, qui vivent juste le temps nécessaire pour faire le tour du pays. Les paroles et l'air, toutefois, sont changés ; la coupe et le mouvement restent invariables. Le moule ne s'étend ni ne se resserre, ses détails seuls se modifient. Comme les rondes et danses des jongleurs et des trouba- dours, ces compositions sont actuellement des pièces de peu de longueur, le plus souvent improvisées, chantées dans les assemblées pour accompagner la danse : un quatrain, un sixain ou un huitain, sur une mesure et un rhjthme toujours uni- formes. Chaque bourrée ou montagnarde n'a habituellement qu'un seul couplet, et, quand elles en ont plusieurs, chacun exprime une idée complète, très- différente de celle qui la pré- cède ou qui la suit. Si la même idée se trouvait développée dans une suite de couplets, la montagnarde ou la bourrée ne serait qu'une chanson sur un air de danse. Le plus connu des airs de danse de l'Auvergne est certaine- ment celui que la naïveté de l'idée et l'expression du chant rendent le plus digne d'être transcrit. C'est le huitain que voici : N'ai ma chin saus, Ma mya n'ot ma quatre ; Couma farens, Quand nous maridarens ? Nous tsattarens Un culier, 'na scudella, — 108 — Et mandzarens La supa tuttei dans * . Le chant réduit ici la pièce au même rhythme que celles à quatre vers, en disant sur la même phrase musicale les quatre premiers ; puis, sur une autre phrase, les quatre restants. Les quatrains sont formés le plus souvent par une idée très- simple, exprimée en quatre vers, que Ton répète deux fois deux par deux. Tel est celui-ci, empreint d'une douceur gra- cieuse. Le cœur de ma mya Li fa tant de mau, Quand iau la vau vire La soulatze un pau ^. bis. bis. En voici un troisième dont la coupe est différente, sans que cependant, chantée, elle produise un autre effet: La barca vira, \ Miya, ^ bis, La barca vira, Laissa-la vira ^ . I 1 Je n'ai que cinq sous, Ma mie n'en a que quatre; Gomment ferons-nous Quand nous nous marierons f Nous achèterons Un cuiller, une écuelle, Et mangerons La soupe tous les deux. 2 Le cœur de ma mie j , . Lui fait tant de mal, i Quand ]e la vais voir i . . Je la soulage un peu. i 3 La barque tourne, J Marie, ; bis. La barque tourne, i Laisse- la tourner *, * On sait que les barqnes des passages d'eau se retournaient uu milieu, pour que l'on pût en sortir par la même extrémité . — 109 — Que qu'îo vole, Qu6 qu'io vole ; Laissa-la vira, Que qu'îo vole ly is pas *. Les bourrées se passent plus volontiers de paroles que les montagnardes. Elles consistent alors dans des airs de danse dont chacun sait le rhythme, le mouvement, et qu'il improvise au besoin. Toutes cependant peuvent s'adapter à des paroles, et il en existe bon nombre dans la mémoire des villageois. D'où viennent-elles, les unes et les autres ? On ne le connaît guère. Les ménétriers sur leurs cornemuses ou les chanteurs de danses dans les veillées ont trouvé les airs, et à ces airs, retenus par toute la jeunesse, quelque poète populaire a adapté des paroles. Chaque jour de fête en voit éclore bon nombre ; il est assez de règle que le chanteur termine en improvisant un couplet qui, redit bientôt par d'autres, passe dans le réper- toire du village. George Sand, dans ses Maîtres sonneurs, je crois, raconte qu'un ménétrier de son pays allait tous les ans faire provi- sion de thèmes de danse dans les bois du Bourbonnais, où les bûcherons étaient les plus grands compositeurs du monde ; et que, comme maître Adam donna le nom de Chevilles k ses poésies rustiques, ces bûcherons avaient appelé les leurs bour- rées { fagots), du nom de leur ouvrage. Va pour cette étymo- logie, qui en vaut bien une autre. La bourrée, au reste, peut être d'origine bourbonnaise. Elle a un tour vif et gai qui ne s'adapte pas aux allures de tous nos Auvergnats. Elle se trouve bien acclimatée chez ceux de la plaine ; ils la dansent de préférence. Mais ceux de la mon- tagne, en général, s'y sont médiocrement plies, ou bien ils en ont fait une figure assez différente, en modifiant la monta- gnarde primitive. Cette montagnarde modifiée réunit souvent à plus de simplicité beaucoup de grâce dans les pas. * Celui que je veux, Celui que je veux; Laisse-la tourner, Celui que je veux n*y est pas - 112 - térisés chacun par la mesure et ne se mêlant jamais : musique à deux et musique à trois temps. Tous les sentiments qui peu- vent être associés au mouvement cadencé ou en naître sont réunis sous ces deux rhjthmes. Celui à deux temps appartient aux montagnardes, celui à trois aux bourrées, et cela invaria- blement. Les montagnardes ont ainsi Tallure moins vive. Presque toujours en ton mineur, une certaine mélancolie j devient très-sensible dès qu'on ralentit la mesure ; mais, en y multi- pliant les syncopes ou par le placement des suspensions, les compositeurs inconnus qui les trouvent ou les ménétriers qui les répètent leur donnent parfois une physionomie s'inguliè- rement accentuée. La bourrée, elle, est toute gaieté et en- train ; elle recherche les tons majeurs, comme si elle craignait la tristesse, et sa facture est tantôt très-gracieuse, tantôt très- accentuée à la fois. Au fond. Tune et Tautre pourraient être facilement ramenées à un thème commun. Les plus divergentes apparaissent un peu, quand on observe, comme de simples va- riations ou des broderies d'un même canevas musical, trans- mis par la tradition, et que chaque auteur nouveau se borne à modifier suivant son goût propre, quand il croit trouver ou créer à son tour. Fin TABLE DES MATIÈRES Pages. Intérêt de gettk étudk et précédents qu'elle a eus 5 Sur l'Origine des patois 8 Des Différences dans les patois ; y a-t-il eu un type ?. . . . 15 Les parlers de la basse Auvergne 18 Phonétique 25 1 . — Des Yovelles id. 2. — Des Associations de voyelles 27 3. — Des Consonnes 28 4. — De l'Orthographe 30 5. — De rÉlision et de la Contraction 32 6. — Lettres euphoniques 33 Grammaire 34 1. — De TArticIe id. 2. — Du Substantif 35 3 — De l'Adjectif 36 4 . — Des Pronoms 37 5. — Du Verbe 41 6. — De la Négation 51 7. — Des Conjonctions * . . . . id. 8. — Des Figures de syntaxe 52 Considérations générales sur la littérature patoisb auver- gnate 53 Les Troubadours 55 Les Documents publics 57 Les Noëls 64 Les Chansons politiques . . 71 Le Théâtre 73 - 114 — L'Académie patoiie des XVn« et XYllP siècles 81 Littérature orale. — Les Chants 98 Pastourelles ou Vachères 100 Chansons 102 Montagnardes et bourrées 106 Enigmes 110 Musique 111 Table des MATiftBEs 113